Madame Varèze sourit. Évidemment ni les uns ni les autres ne lui reconnaissaient le droit d’une vie à elle : c’était sa destinée, elle n’avait qu’à s’y soumettre ; elle agirait pour la paix du jour présent, sans penser au lendemain.

Le cœur de madame Varèze battait très fort quand elle sonna à la porte de d’Estanger. Elle l’avait averti de l’heure de sa visite, et on ne la fit pas attendre une seconde. Avant de se rendre compte de ce qui arrivait, elle était à son côté, lui tenant la main. Le domestique avait avancé un fauteuil près de la chaise longue où le malade était étendu, et, fermant doucement les portes, s’était retiré.

— Cela ne va donc pas, pauvre ami ? dit gaiement madame Varèze. Mais c’est tout à fait vilain.

Il était très pâle ; la ride verticale entre ses yeux s’était creusée, et une expression d’angoisse intermittente contractait son visage.

— Non, dit-il ; j’ai le cœur malade, je le sais depuis longtemps, mais la crise arrive plus tôt que je ne croyais.

— Vous me paraissez très déraisonnable ; il faut avoir la volonté de se guérir. Comme vous êtes bien ici avec tout le printemps dans votre petit jardin !

La fenêtre était ouverte ; une brise douce d’avril entrait ; le gazon était d’un vert tendre ; une corbeille de giroflées exhalait dans l’air son parfum pénétrant ; quelques peupliers, aux jeunes feuilles dorées, frémissaient doucement, et tout proche de la fenêtre un marronnier avec ses bouquets naissants jetait son ombre légère ; le merle familier du lieu sautillait sur la pelouse ; une odeur d’espérance semblait s’élever du jardin.

D’Estanger regarda tristement au dehors ; puis ses yeux ardents, se faisant amoureux, se retournèrent vers une grande photographie de Marguerite placée près de lui.

— C’est elle que je veux, dit-il.

Madame Varèze ne répondit que par une caresse fraternelle sur la main amaigrie. D’Estanger la regarda avec une intensité nouvelle.