— Je n’ai d’espoir qu’en vous, dit-il.
— En moi ! Que puis-je faire ?
Il hésita un moment, puis avec une effrayante vivacité :
— Allez lui dire que je veux la voir.
— Comment voulez-vous ? Mon ami, réfléchissez.
— J’ai réfléchi : on a le temps quand on ne dort pas, et qu’on pense tout le jour et toute la nuit. Il faut que je voie Marguerite, elle est ma femme, je guérirai si je la vois. Je ne peux pas lui écrire directement ; mais vous êtes son amie, vous êtes libre d’aller la trouver, de la supplier d’avoir pitié de moi, au nom de notre fille. Yvonne lui ordonnerait sûrement de venir au secours de son père. Je sens que vous avez de l’amitié pour moi, vous ferez ce que je vous demande ; dites que vous le ferez.
— Mon ami, je ne refuse pas ; commencez seulement par être raisonnable. Dans quelques jours vous irez mieux, nous recauserons de tout ceci… Et puis, tenez, je serai franche avec vous : j’ai vu Marguerite dernièrement.
— Vous l’avez vue ?
— Oui, elle est venue me faire une visite : elle paraît heureuse… Croyez-vous que vous ayez le droit ?… Et si vous l’aimez encore, ne serait-il pas plus généreux de lui épargner un chagrin ?… Et puis il y a si longtemps que vous ne vous êtes rencontrés !… Vous pensez à la Marguerite d’autrefois.
— C’est la même.