— Je suis très calme, très calme… Ne partez pas encore.

— Non, mais taisez-vous.

Elle avait pris un léger écran et en éventait doucement le visage du malade. Il sourit, et une jeunesse charmante reparut sur son front.

XXVII

Lorsque madame Varèze se retrouva seule dans la rue paisible, elle marcha d’abord sans but, sans se demander où elle allait. Instinctivement elle tournait le dos au chemin qui l’aurait conduite chez elle ; il lui fallait réfléchir en liberté ; une promesse lui avait été arrachée : comment la tiendrait-elle ?

Une voiture à vide passait, elle l’appela et y monta. Le cocher attendait qu’elle donnât une adresse. A la fin, elle dit :

— Rue de Prony ; je ne sais pas le numéro, je vous arrêterai.

Elle réfléchit qu’elle serait toujours libre de changer d’itinéraire, ou de ne pas descendre si le cœur lui manquait.

Elle avait promis.

Elle baissa un store, s’enfonça dans la voiture, et enfin ferma les yeux pour mieux s’isoler. Elle voyait le regard suppliant d’Albert s’arrêter vers elle : pouvait-elle lui refuser ? Ah ! s’il avait pu l’aimer, elle, quel bonheur pour tous deux ! Elle eut la vision douloureuse de ce qui aurait pu être, de cette vie d’amour qui rassasie l’âme, qu’elle n’avait pas connue, qu’elle ne connaîtrait jamais… l’heure était passée. Un frisson la secoua, et les larmes qui voulaient couler jaillirent enfin de ses yeux. Pendant quelques minutes, elle pleura éperdument sur elle-même, puis se souvint qu’il fallait songer à lui.