— Alors, va t’habiller aussi, sois bien jolie pour me réjouir.

— Seras-tu gaie ?

— Mais certainement.

— Vrai, il n’est pas très mal ?

— Souffrant, voilà tout ; toujours délicat, tu sais.

XXIX

Les heures avaient passé, lourdes et tristes pour Albert d’Estanger ; il lui semblait depuis ces dernières semaines avoir pris des années.

Le mal l’avait saisi subitement : un frisson léger d’abord, puis plus violent, et enfin la fièvre, le lourd sommeil de torpeur. Il avait eu tout de suite le sentiment d’être vraiment malade, la tête confuse, le corps las. Il demeura couché tout un jour sans vouloir d’autres secours que les soins de son valet de chambre. Puis, après une seconde nuit, plus agitée et plus pénible, il consentit à ce qu’on allât chercher le docteur ; son valet de chambre l’en priait, et l’insistance unique de cet homme, seul auprès de lui en ces heures tristes, lui fit voir avec intensité son isolement. Il ne voulait avertir personne, et il se demandait du reste qui son état pouvait bien intéresser. Il s’étonna dans le fond de son cœur de cette indifférence cruelle qui l’entourait, et, ayant toujours été beaucoup aimé, il lui parut incroyable qu’aucune créature humaine ne fût attristée ou alarmée à la perspective de son mal. Le désir de la présence et des caresses de Marguerite s’imposa avec une violence qui le torturait, et il comprenait en même temps qu’il ne pouvait rien ; il fallait guérir pour la revoir, et il le souhaita avec véhémence.

Il fit donc appeler le docteur qui avait soigné sa mère et qu’il connaissait depuis des années ; il le savait très doux, très intelligent, et assez sceptique en médecine, ce qui, chose curieuse, augmentait chez certaines personnes la confiance qu’elles avaient en lui, et c’était le cas particulier de d’Estanger qui professait une entière incrédulité dans la science de guérir.

Le docteur Delpeyron ne se fit pas attendre ; il avait habituellement le visage triste et préoccupé et, quoique plein d’une bonté réelle, ne se mettait nullement en peine de cacher la vérité à ses malades. Il leur attribuait à tous des qualités philosophiques et un détachement des choses humaines dont beaucoup étaient dépourvus ; vis-à-vis des femmes il observait des ménagements relatifs ; mais vis-à-vis des hommes il ne se mettait pas en frais de réticences.