Il examina et ausculta très attentivement M. d’Estanger, appuyant fortement sa tête d’un mouvement interrogateur et impatient déjà inquiétant en soi ; puis, se relevant et jetant sur le lit la serviette qu’il avait prise pour son auscultation, il dit en faisant la grimace :

— Le cœur n’est guère fort.

— Non !

— Vous avez une grippe nerveuse, et avec un cœur qui ne marche pas mieux que le vôtre, c’est toujours ennuyeux.

Et, comme pour se confirmer à lui-même son diagnostic, il appuya à nouveau son oreille sur la poitrine du malade.

— Ce sera long ? interrogea d’Estanger.

— Oui ; pour guérir, il faut suivre cette affaire-là de près, beaucoup vous reposer, respirer le bon air. Et, à ce propos, pourquoi ne prendriez-vous pas la chambre de madame votre mère, qui est exposée au soleil et donne sur le jardin ? Ici, au nord, sur la cour, ce n’est pas ce qu’il vous faut.

— C’est bien, docteur, je changerai.

Le docteur Delpeyron avait ensuite écrit une ordonnance qu’il remit à d’Estanger avec l’air de dire qu’il avait, en la rédigeant, obéi à l’usage, mais que, personnellement, il n’y attachait pas grande importance. Il insista néanmoins sur la nécessité de relever les forces.

— Dès que vous n’aurez plus de fièvre, nous verrons à vous fortifier sérieusement. Qu’est-ce que vous avez donc fait pour rendre votre cœur si paresseux ? Avez-vous des étouffements ?