Il passa d’abord dans son cabinet de travail, ouvrit un bahut, en retira une trousse et, la tenant à la main, se dirigea vers le cabinet de toilette de Marguerite. La femme de chambre y était occupée au ménage et lui apprit que madame était sortie.

— Il y a longtemps ?

— Oui, monsieur ; madame est sortie de très bonne heure.

— Avec la nourrice ?

— Non, monsieur, toute seule : la nourrice est partie il y a un moment seulement.

Rien de plus naturel par cette belle matinée, et Roger ne comprit pas pourquoi cette nouvelle l’agitait à un tel point. Une véritable panique s’était emparée de lui à ces simples mots : « Madame est sortie. »

Tremblant intérieurement, il rentra dans son cabinet, s’y assit et, la tête dans les mains, chercha à se dominer. De quoi s’agitait-il ? Ne savait-il pas que Marguerite sortait fréquemment avant le déjeuner ? En ce moment même elle avait sans doute rejoint son fils, comme cela lui arrivait souvent. Il était fou de s’inquiéter. Il se secoua par un effort extrême, consulta sa montre, son portefeuille, calcula les visites qu’il pouvait faire encore et se décida à repartir, morigénant sa propre alarme. Il en avait honte et néanmoins ne pouvait la maîtriser ; elle l’accompagna partout et lui fit trouver interminables les deux heures qui le séparaient encore du moment où indubitablement il retrouverait sa femme.

A midi et demie précis il était chez lui. Il lança l’ascenseur avec violence et ouvrit la porte avec impétuosité, se dirigeant droit vers la salle à manger où sans doute Marguerite était déjà. Personne… Il sonna.

— Madame est-elle avertie ? Qu’on lui dise que je suis rentré.

— Madame n’est pas encore là. Faut-il servir monsieur ?