— Non, non, certainement. Qu’on attende madame.

Le valet de chambre se retira, essuyant une assiette comme à regret, maussade du dérangement dans sa journée.

Jamais Marguerite n’était en retard. Lesquen ouvrit la fenêtre et regarda dans la rue ; sûrement il allait la voir apparaître. Une silhouette féminine surgit : c’était elle assurément, même il croyait reconnaître son ombrelle… Puis une personne inconnue se dégagea dans le rayon où il pouvait discerner les traits… Une voiture… cette fois c’était elle… mais la voiture passa… La longue rue claire et blanche était presque déserte à cette heure. Hypnotisé, Lesquen regardait toujours, comme si son désir eût possédé la force de la faire venir.

Une heure.

Le domestique se montra.

— Louise demande s’il faut servir.

Cette interrogation exaspéra Lesquen. Il frappa la table du poing avec un « Fichez-moi la paix ! » qui renvoya l’autre à la cuisine plus vite qu’il n’était venu.

Déjà on y discutait la possibilité d’un accident arrivé à madame ; les écrasements journaliers étaient des précédents faciles à invoquer. La cuisinière avait surtout peur des automobiles, la femme de chambre des tramways… « Il en vient dans tous les sens ; moi ça me fait perdre la tête… Pour sûr, il était arrivé quelque chose à « cette pauvre madame » !

Afin de se préparer à cette éventualité, ils se mirent à déjeuner.

— Il faut toujours manger, remarqua la cuisinière.