— Certainement, certainement, si tu le désires, répondit madame Mustel.

Et elle s’assit sur un siège bas avec un sentiment de triomphe, la main de sa fille serrant étroitement la sienne.

— Eh bien ! cela va ? avait demandé Roger d’un ton encourageant.

— Oui, beaucoup mieux, merci… encore un peu fatiguée.

— Naturellement. Ne bouge pas.

Et avançant un fauteuil aisé, plaçant au bon angle la lumière voilée, il s’absorba dans une revue. De temps en temps, il levait les yeux vers sa femme : elle tenait obstinément les paupières baissées. Il crut qu’elle dormait.

III

Quand elle fut dans son lit, Marguerite ressentit une épouvante : Roger allait venir comme tous les soirs… et elle avait parlé quelques heures auparavant à Albert : il vivait, et un autre homme tout à l’heure se coucherait à son côté !

Elle se répétait : « C’est mon mari » ; mais, avec une persistance que rien ne pouvait vaincre, l’image d’Albert surgissait. Une véritable honte la tenaillait, un désir impérieux de se réfugier dans la solitude, et c’était impossible.

Blesser Roger, si bon, si dévoué, elle ne le pouvait pas, — et demain elle avait promis de revoir Albert.