— C’est fini, c’est fini, jamais plus tu ne seras ma femme, jamais ! Ah ! Marguerite, quel mal tu nous as fait en ne pardonnant pas, car toi aussi tu vas être malheureuse !

— Non, je ne suis pas malheureuse.

— C’est vrai ?

— Oui, c’est vrai.

— Tu as été heureuse autrefois ; dis que tu as été heureuse.

— Oui, quand vous m’aimiez.

— Mais je t’ai toujours, toujours aimée !

— Quand vous me trahissiez avec Blanche… chez moi, dans notre maison… Ah ! non, non…

— Mais si, je t’aimais ; seulement tu pleurais, tu étais triste, et la brute qui est en l’homme ne sait pas pleurer longtemps. J’ai cherché une heure d’amusement… Mais est-ce que je ne demeurais pas ton mari quand même ?

Elle ne voulut pas répondre. Les seules paroles qui lui venaient aux lèvres étaient : « Oublions, recommençons notre vie »… et ils ne pouvaient plus la recommencer. Elle fit appel à sa conscience qui s’endormait sous cette voix ; elle comparait mentalement Albert à son mari, et était honteuse de la lâcheté qui lui faisait préférer celui qui l’avait outragée, et plus d’une fois sans doute, à celui dont chaque battement de cœur lui appartenait… Oui, il fallait haïr Albert pour ne pas l’aimer ! La voix de Marguerite se fit âpre. Sans le regarder, les yeux perdus, elle dit :