— Tu as peut-être des regrets, mon amour ? Il faut les faire mourir en toi. Je sais que je ne suis qu’un homme bien ordinaire, mais en t’épousant j’ai accepté des devoirs que je n’abandonnerai jamais. Je te défendrai contre tous, Marguerite. Le comprends-tu ?

Elle tremblait ; il sentait sa pauvre petite main frémir.

— Vois-tu, mon ange, il ne faut plus regarder derrière toi. Si tu t’es trompée en reprenant autrefois ta liberté, tu l’as fait librement.

Comme un pauvre animal blessé elle le regardait de ses yeux battus.

— J’aurais dû peut-être ne jamais aspirer à autre chose qu’à être ton ami, et craindre un retour possible vers le passé… Je ne m’en suis pas défié, Marguerite ; je t’aimais tant, depuis si longtemps ! Je te croyais malheureuse…

— Je l’étais…

— Laissons les morts ensevelir les morts ; le passé est mort, et pour toi, tu entends bien, Albert est mort comme ta fille Yvonne : tu ne peux jamais, jamais, le retrouver.

Elle répondit par un gémissement.

— Mais tu as un mari qui t’appartient jusqu’à son dernier souffle ; tu as un fils né de ce mari, et sans doute en ce moment une autre vie venue aussi de lui commence à surgir en toi. Veux-tu tout perdre pour un mort ?

Elle aurait voulu crier : « Il n’est pas mort, il souffre ; les morts ne souffrent pas. »