Et le visage de madame Varèze se fit sérieux.
— Vous n’imaginez pas le plaisir que j’ai éprouvé à me retrouver dans votre salon, dit d’Estanger ; à tout y reconnaître… Je me sens si vieux ! Il me semble que tout dans le monde doit être changé entièrement depuis mon départ…
Odette entrait, grande, mince dans son costume de drap sombre, le col entouré de fourrures, coiffée d’un large chapeau noir. Grave et posée elle s’avança, tendit la main à d’Estanger et s’assit rejetant seulement en arrière sa fourrure.
A l’apparition de l’enfant, le visage de la mère s’était fait lumineux.
— J’ai rappelé à Odette que vous étiez grands amis autrefois, et maintenant la mémoire lui en revient.
— C’est vrai, mademoiselle Odette ?
— Oui, monsieur, c’est vrai.
— Et nous sommes amis comme dans le temps ? demanda d’Estanger en souriant.
— Oui. Je me rappelle très bien la petite Yvonne quand elle est venue à notre arbre de Noël. J’ai dit à maman que je me souvenais de sa robe bleue avec un col de guipure.
L’évocation de l’enfant chérie dans cette toilette où ils l’avaient trouvée si belle fut presque au-dessus des forces du père : il mit la main devant ses yeux pour cacher les larmes qui y avaient jailli.