— C’est ce méchant docteur qui l’encourage à ne pas manger de soupe, expliqua un peu chagrinement madame Varèze à d’Estanger.

— C’est la fin du monde, répéta M. Despasse, que la fin des plaisirs de la table.

— J’estime en effet, dit madame Bloye de sa voix nette et avec un léger accent franc-comtois qui donnait comme un relief à ses paroles, qu’une certaine simplicité dans les choses de la vie nous est nécessaire ; il ne nous est pas permis de trop prévoir.

— C’est mon avis, opina madame Varèze.

— Ce n’est pas dîner ensemble que d’avaler sa nourriture comme un médicament. Est-ce que nos pères, qui aimaient les sauces épicées et la bouteille de bon vin, ne valaient pas autant que nous ? renchérit M. Despasse.

— Sous certains rapports ils valaient mieux, dit madame Bloye : ils savaient se délasser ; c’est un art que de savoir se reposer.

— Cela, madame, je vous l’accorde, dit le docteur ; mais il n’est pas besoin de se préparer de mauvaises digestions. Les exquis dîners de madame Varèze sont faits pour hâter la destruction de ses semblables.

Puis les conversations se firent un moment plus particulières, chacun s’occupant de son voisin ; M. Despasse et madame Bloye, suivant leur idée et la développant avec animation. D’Estanger, à voix basse, fit compliment à madame Varèze de l’art avec lequel sa table était ornée.

— Vous trouvez vraiment ? Toutes ces belles fleurs sont arrivées d’Antibes ce matin ; j’ai un jardinier qui me fournit régulièrement. Je n’aime, l’hiver, que les fleurs du Midi : une petite rose comme celle-là — prenant un bouton fragile entre ses doigts — c’est un poème ; il me semble que ces fleurs-là apportent la lumière.

D’Estanger pensa à la rose séchée qui était dans son portefeuille et répondit :