— Ce n’est pas ma faute, c’est vous qui avez détruit votre bonheur. Je vous aimais, j’étais fidèle, moi.
Il souleva les épaules et la regarda dans les yeux :
— Il fallait me pardonner, Marguerite, il fallait rester ma femme.
Elle se tut, dans un accablement qui était presque du remords. De grosses larmes coulaient sur ses joues, mais pourtant, au fond du cœur, elle éprouvait une exaltation très douce, — ce délicieux battement accéléré que la présence d’Albert provoquait dans leurs jours d’amour. Elle avait la sensation confuse qu’ils s’étaient querellés et qu’ils se réconciliaient. Machinalement elle avoua :
— Je vous ai pardonné.
— Oui, mais cela ne sert plus à rien maintenant… je disais tout à l’heure à Yvonne : « Crois-tu, ma petite fille, que ta maman m’a abandonné ? Je suis tout seul pour vieillir et pour te pleurer. »
Elle ne put se défendre de venir à son secours :
— Non, non, pleurez-la avec moi.
— Aujourd’hui, mais demain ?
Comme rappelée une seconde fois à la réalité, elle se dressa sur ses pieds, sécha son visage, tira sa montre et chercha à distinguer l’heure.