— Mais je suis là, ma fille, dit madame Mustel émue, et trop heureuse que tu aies besoin de moi.
Marguerite évitait avec un soin jaloux le Parc Monceau et, sous prétexte d’humidité, avait défendu d’y conduire l’enfant. Lesquen avait bien un peu protesté sur la difficulté matérielle d’arriver à l’avenue du Bois ou aux Champs-Élysées, mais Marguerite s’était montrée péremptoire :
— Je suis sûre que les enfants prennent toutes sortes de maladies dans ce Parc ; du reste c’est l’avis de ton maître, le docteur Lebel ; je le lui ai demandé quand je lui ai conduit Maxime.
— Si c’est l’avis de Lebel, répondit Lesquen, je m’incline.
Il se refusait à prendre seul la responsabilité du soin de leur enfant, et il se rendait compte que Marguerite était plus rassurée par une autre opinion que la sienne.
Profitant des bonnes dispositions de sa fille, madame Mustel se crut en position de donner quelques conseils. Dès le début elle avait jugé la vie du jeune ménage trop retirée du monde, mais jusque-là elle n’avait pas découvert de joint favorable pour dire ses pensées à ce sujet. Le moment lui parut être venu ; aussi, un jour que Marguerite avec une animation un peu fébrile lui racontait leur course à Monte-Carlo (sans parler pourtant de la rencontre avec madame Ledru), madame Mustel répondit :
— Tu t’es amusée, ma fille, et c’est tout naturel à ton âge ; à tous les âges, du reste, on a besoin de distraction. Que ferais-je, moi, par exemple, si je m’enterrais dans mon coin ? J’y serais horriblement triste, ce qui ne rend pas aimable. Crois-moi, mon enfant, on est fait pour vivre avec ses semblables. C’est un tort de Roger d’être si sauvage, et si tu me permets de te le dire, c’est un tort chez toi de l’y encourager. Tu es jeune, tu es charmante, tu as besoin d’un peu de gaieté, de changement ; ton mari est le meilleur des êtres, il a toutes les qualités, mais il n’est pas amusant. Ce n’est pas nécessaire ; seulement c’est une maladresse de soumettre une femme à un régime absolument monotone, si excellent qu’il soit. J’adore tous les Lesquen, mais enfin il n’y a pas qu’eux d’aimables par le monde, et je trouve que vraiment on t’accapare un peu trop. Tu devrais forcer Roger à sortir quelquefois le soir ; vous avez une grande aisance, un intérieur élégant, pourquoi se borner à y inviter toujours les mêmes personnes ? On en arrive à n’avoir plus rien à se dire…
Madame Mustel se laissait aller, étonnée et charmée de la déférence avec laquelle sa fille l’écoutait. C’est que Marguerite avait accueilli les paroles de sa mère avec une sorte de joie, elle y trouvait une explication plausible et simple à l’ennui secret qui la rongeait.
Elle répondit donc affectueusement :
— Tu as raison de me dire ton avis, maman, et je t’en remercie. Peut-être, en effet, nous enfermons-nous un peu trop… Mais dans ma situation particulière il est difficile de sortir beaucoup.