— Dans ta situation ! Quelle situation ?… Celle de la femme irréprochable du plus honnête homme du monde ! Voilà, en effet, une situation difficile !
— Oui… dit Marguerite… cependant… je suis divorcée… nous ne sommes pas mariés à l’église.
— Ne dis pas de folies, mon enfant. Comment ! voilà où tu en es ? Pas mariés à l’église ! Ça ne t’empêche pas d’être joliment bien mariée, je t’assure. Je ne suis pas une impie, mais il y a des choses qui me révoltent. Avec ça qu’il est difficile de faire annuler un mariage !… Seulement, je n’ai pas encore compris à quoi cela avance d’obtenir l’annulation de son mariage si ce n’est à proclamer qu’on a vécu une première fois avec un monsieur sans être mariée ; alors que ce soit avec l’un ou avec l’autre, je ne vois pas ce qu’on y gagne !… Heureusement une femme n’est plus forcée d’être toute sa vie la victime d’un mari infidèle ; aujourd’hui tu en as un parfait, on t’enviera, et voilà tout.
Marguerite soupira.
— Il y a des choses qui sont toujours des malheurs.
— Assurément, ma chérie, et c’est raison de plus quand, comme toi, on a traversé des crises douloureuses de s’aider à en perdre la mémoire. A rester éternellement au coin de son feu, on ressasse les vieilles histoires, sans aucun profit ; crois-moi, reprends une existence plus normale, plus conforme à ton âge et à tes goûts. Ainsi, pourquoi ne vois-tu pas plus souvent ton ancienne amie, madame Varèze ? Elle est charmante. Pendant que tu étais dans le Midi, je me suis trouvée avec elle un jour chez Captier ; vraiment, elle m’a demandé très affectueusement de tes nouvelles. C’est un milieu agréable, elle reçoit des gens d’esprit, et sa maison sera de plus en plus fréquentée, car sa fille est devenue tout à fait jolie personne. Entre parenthèses, elle venait de lui acheter le plus délicieux chapeau ! Voyons, pourquoi ne renouerais-tu pas cette relation ? Cela te mènerait à d’autres, et peu à peu tu te ferais un cercle intéressant. Madame Varèze m’a suppliée de te répéter que cela lui causait beaucoup de peine de te voir si rarement.
— Elle est très aimable, dit Marguerite, et je l’aimais beaucoup autrefois.
— Alors ?
— J’y penserai. J’irai lui faire une visite ; j’en parlerai à Roger.
— Bien entendu. Il ne s’agit pas de rien brusquer, mais petit à petit de donner un peu de mouvement à votre vie qui en manque, je vous assure. Quant à Maxime, si Roger se prévaut de lui pour se claquemurer, tu n’as qu’à dire que je suis là… Je monterai quand tu voudras, et je ne le quitterai que toi rentrée.