Adorable et belle marquise,
Plus belle mille fois qu'un satin blanc tout neuf;
Au premier jour de l'an mil sept cent quarante-neuf,
Je vous présenterais de bon cœur ma franchise;
Mais les charmes que vous avez
Depuis quelque temps me l'ont prise.
Je ne sais si vous le savez[ [254].
Bussy, de plus en plus amoureux de sa cousine, continuait à se montrer très-assidu auprès d'elle. Il s'était habilement insinué dans la confiance de son mari. Admis comme parent dans la familiarité la plus intime des deux époux, il était souvent témoin des brusqueries de Sévigné envers sa femme; il écoutait avec une apparente sympathie les plaintes de celle-ci sur les infidélités répétées du marquis et sur les peines qu'elle en éprouvait. Abusant de l'inexpérience de sa jeune cousine, il acceptait le rôle de conciliateur, dont elle le chargeait, avec une feinte répugnance, mais avec une joie secrète. Elle croyait qu'il employait dans l'intérêt de son bonheur conjugal l'ascendant que lui donnaient sur le marquis de Sévigné la supériorité de son esprit et l'amitié qu'il paraissait avoir pour lui. Peut-être aussi, sans qu'elle s'en doutât, madame de Sévigné aimait-elle à trouver dans les soins, les flatteries et la conversation d'un homme aussi aimable et aussi spirituel que Bussy, un dédommagement aux délaissements d'un époux dont les manières à son égard faisaient un si grand contraste avec celles de son cousin; et le besoin d'être consolée n'était pas le seul motif qui lui faisait prolonger ses entretiens avec le consolateur. Les lettres qui nous restent d'elle et les ménagements qu'elle eut toujours pour Bussy, même après les torts les plus grands qu'un homme puisse avoir envers une femme, donnent lieu de le croire[ [255]. Quoi qu'il en soit, Bussy n'en doutait pas, et un caractère moins présomptueux que le sien en eût été également persuadé. Aussi écrivait-il et agissait-il en conséquence: quoiqu'il n'ignorât pas tous les scrupules qu'il avait à vaincre, il était plein d'espoir, et de jour en jour moins réservé dans son langage. A mesure que les torts du mari se multipliaient, et qu'ils froissaient et humiliaient le cœur d'une épouse dont la tendresse, l'esprit et les attraits devaient la garantir de tout outrage, Bussy devenait plus entreprenant. Il se croyait près du but qu'il avait tant désiré atteindre, lorsque, par une fatalité qui semblait lui être particulière dans ses amours avec sa cousine, il se vit subitement séparé d'elle par un événement qui non-seulement compromettait le succès de sa longue attente, mais les destinées de la France entière.
Le lendemain du jour des Rois, le 7 janvier, on apprit que la reine régente, qui avait reçu la veille et tenu son cercle comme à l'ordinaire, était partie dans la nuit avec le roi et toute sa cour, et qu'elle s'était retirée à Saint-Germain. Elle fut suivie par le duc d'Orléans et le prince de Condé. La première guerre civile, ou la première guerre de Paris, commença aussitôt[ [256].