On comprend sous le commerce du Levant celui qui se fait dans les divers ports de la Turkie, et dans quelques villes de Barbarie; l’on y joint celui de la campagne d’Afrique sur cette même côte. Les échelles de Turkie sont Constantinople, Salonique, Smyrne, les ports de Morée, de Candie, de Cypre, de Syrie, d’Égypte, enfin Tunis, Alger, et les comptoirs de la compagnie à la Cale, à Bonne et au Collo.
Les objets de notre exportation sont des draps, des bonnets, des étoffes et galons, des papiers, des merceries, des quincailleries, quelques denrées de nos provinces; d’autres tirées de l’Amérique, telles que le café, le sucre, l’indigo, la cochenille, les épiceries de l’Inde, nos métaux, fer, plomb, étain; nos liqueurs, des piastres d’Espagne, des sequins de Venise, des dahlers, etc.
Les objets de retour ou d’importation sont les cotons en laine ou filés, les laines, les soies, étoffes de soie, fils de chèvre et de chameau; de la cire, des cuirs, des drogues, des toiles de coton et de fil, du riz, de l’huile, du café arabe, des gommes, du cuivre, des noix de galle, des légumes, du blé, etc. Ces objets alimentent nos manufactures; ainsi, le coton du Levant fournit à toutes les fabriques des (ci-devant) Picardie, de Normandie et Provence. On en fait les camelots, bouracans, siamoises, velours, toiles et bonnets. Ces fabriques font vivre un peuple immense d’ouvriers et de marchands; le transport des denrées entretient et forme des matelots pour la marine militaire; leur achat emploie une foule d’agents et de facteurs dans le Levant, et tout cela aux dépens des Orientaux. Voyons chaque échelle par détail.
Constantinople.
Les draps des Français ont fait tomber dans cette échelle de plus de moitié le commerce des Anglais et des Hollandais. Les Vénitiens n’en peuvent faire de semblables au même prix.
Constantinople consomme annuellement 1,500 ballots de draps qui, à 1,200 francs le ballot, font 1,800,000 livres. Les autres objets en somme atteignent à peine la même valeur. Le plus considérable est le café des Antilles, à raison de la prohibition du café Moka sur la mer Noire.
Ci-devant les drapiers arméniens et grecs avaient fait une société, et n’achetaient que par une seule main: ce qui donnait la loi aux Français. Le grand-seigneur a détruit cette association par un fermân qui les prohibe toutes sous peines afflictives.
Les retraits sont fort peu de chose; à peine valent-ils 700,000 francs. Le reste se tire soit sur Smyrne et sur l’Archipel, soit en lettres de change à payer à Constantinople.
Smyrne.
Cette échelle est le grand marché où vient se fournir presque toute l’Asie; elle est l’entrepôt de l’Anadoli, de la Caramanie, de Tokat, d’Arzroum, et même de la Perse. Autrefois les caravanes de ce royaume y venaient deux fois l’année, maintenant elles s’arrêtent à Arzroum, parce que les marchands à ce moyen cachent la quantité de marchandises qu’ils ont à vendre, et se procurent des avantages pour la vente et pour l’achat.