Une bouffée de tabac tout à coup tournoya, parfuma l’air derrière elle. Elle se retourna; c’était Jean Fauche qui était sorti de sa maison et à pas légers dans ses pantoufles, venait jusqu’au débarcadère.

—Tiens, m’sieur Fauche, vous voilà donc rentré? disait-elle.

Il la regarda de côté comme si elle aussi allait avoir le rire sournois des femmes qui sur le seuil des portes, faisaient danser leur savate au bout de l’orteil quand, rentrant de la ville, il passait dans les ruelles.

Il fut surpris de la voir toute sérieuse, les yeux posés droits sur les siens avec honnêteté. Il tira sur sa pipe; il était un peu gêné, les paupières plissées, et maintenant il avuait vers l’autre rive.

—Bien oui... On va, on revient, dit-il.

Il parlait comme un homme qui n’attache pas plus d’importance à la réponse qu’à la question.

Le grand silence bleu du matin les enveloppait; une voix dans la montagne semblait descendre du ciel. Chez Hollemechette la pendule sonna dix coups.

Il eût bien voulu lui dire quelque chose à son tour, mais il ne trouvait pas les mots. Il regardait monter du fond les goujons qui arrivaient piquer au pain. Comme elle se penchait un peu, la clarté rose de son visage sous le grand chapeau de paille tremblait en longs vermicelles dans l’eau. Le frétillement d’argent des poissons ensuite glissait sur son image, et ressemblait au rire de ses dents. Après tout mieux valait peut-être se taire: il n’aimait bavarder qu’avec son ami Cortise. Celui-là, d’ailleurs, savait parler pour trois.

M. Fauche serait resté ainsi longtemps à observer le manège des poissons si tout de même à la longue il ne s’était senti devenir ridicule. Une onde de sang lui courut sous la peau. Il retira sa pipe de sa bouche.

—Ça ferait déjà une friture, dit-il enfin, en riant timidement.