Noémie l’écoutait parler, les sourcils hauts.
—M. Fauche, dit-elle singulièrement, est-ce que le vieux Châlé aussi allait porter son poisson à la ville dans un petit panier?
Elle était sans ironie; un pli lui fronçait les sourcils, une légère ride d’impatience, comme si elle se vengeait d’avoir été jouée par lui.
—Pourquoi me demandez-vous cela? fit-il.
—Parce qu’alors il y a peut-être quelqu’un qui l’aura regretté.
Elle partit en sautant sur un pied, puis sur l’autre. Sa robe rose se gonflait comme un petit nuage au matin. Son chapeau de paille lui était tombé dans la nuque, rond comme un soleil. Quand elle fut un peu loin, elle se retourna et cria dans ses mains, en traînant la voix.
—Au revoir, monsieur Fauche... Bien du plaisir.
Elle avait une grâce gamine et envolée de petite fille en vacances. Son rire sonnait la gaîté du merle dans les pommiers.
Et, à son tour, avec la main, il la saluait, ennuyé que la vieille Hollemechette se fût avancée sur sa porte pour mieux les voir l’un et l’autre. «Quelle sotte idée j’ai eue de lui envoyer des roses, songeait-il. A présent elle se moque de moi.»
Il remonta vers sa maison et comme là-haut il ouvrait la fenêtre de son atelier, il entendit la petite chanson qu’elle chantait en tournoyant aux lacets de la montagne. Il ne comprenait pas les paroles de la chanson.