Va, va, petite chose de la vie
Comme la graine sortie du van,
Tourne au vent de la folie,
Sois la chose folle qui tombe d’un ciel.

Quelquefois la voix tremblait un peu comme le pied aux passages dangereux; et de nouveau ensuite, l’alouette filait son clair grisollis, et c’était vraiment la petite chose folle qui semblait tomber du ciel.

—Ah! mamzelle, disait madame Moya quand, toute chaude de sa course, les cheveux en cardées, des échardes plein les mains, elle rentrait enfin dîner, pour sûr il vous arrivera malheur! Pensez donc, si le tournis vous prenait!

—Que nenni! ma bonne mâme Moya, j’ai la tête solidement plantée sur les épaules. Vous savez bien que je suis un garçon.

—Tout de même...

C’était plaisir ensuite de la voir à petites quenottes féroces dépecer sa côtelette, avec deux filets de jus lui mouillant les coins de la bouche.

—Ah! que c’est bon, mâme Moya! riait-elle. J’ mange! j’ mange! Je m’ fais du beau sang rouge. Il me semble que je l’entends chanter en moi comme les petits ruisseaux à bouillons clairs qui descendent de la montagne. Allez! Je n’ai pas toujours le temps de manger à ma faim à la ville! Faut se lever au petit matin, galoper dans la pluie, la neige. Il y a des fois que mes jupes fument comme une lessive, quand je me sèche près du poêle! Et quand vient midi, l’appétit s’en va de songer qu’il y en a parmi mes petites qui ont à peine une bouchée à se mettre sous la dent. Tout n’est pas rose dans le métier!

Et un peu de mélancolie lui venant à la pensée de la rentrée, elle tenait droits ses yeux devant elle.

—Bon! bon! Vous tourmentez pas d’ici-là! disait l’hôtelière. C’ sera toujours assez tôt quand le moment sera venu.

—Allez! vous avez bien raison. Mais voilà, mes petites, vous le savez, c’est comme une part de moi restée en arrière. Et alors, de demeurer ici ou de repartir, je ne sais plus ce qui me tient le plus au cœur.