—C’est la jeunesse, mamzelle Noémie, c’est la belle jeunesse qui vous tourmente. Allez! il faut se dépêcher de rire dans la vie. Plus tard, on n’a plus le temps.
Le grand Cortise, attablé dans le café, battait une partie de piquet avec Bellaire et Moya. Il la vit passer, tenant dans ses paumes deux platines à tarte qu’elle portait fraîchir à la cave. Quand elle remonta, la partie finissait.
—Mademoiselle Noémie, si le cœur vous en dit, je vous offre une douceur, fit-il.
Pour la première fois, elle acceptait.
—Une anisette, je ne dis pas.
Le verre étant petit, elle le vida en deux fois, d’un léger claquement de langue. Cortise, depuis un peu de temps, la traitait en garçon, avec des égards. Lui aussi allait quelquefois à la ville; même il lui arrivait d’y rester une semaine. Mais, avec celui-là, du moins, on savait ce qu’il allait faire là-bas: il ne s’en cachait pas.
Noémie fuma une cigarette que lui passa Bellaire, tapa un air de danse au piano, la tête un peu partie. Le grand Cortise lui ayant demandé de chanter sa petite chanson, elle jeta les premières notes. Et voilà que tout à coup il lui sembla entendre M. Fauche qui lui disait que sa chanson était triste à pleurer.
—Non! non! fit-elle, pas celle-là, une autre.
Mais comme elle cherchait à se rappeler un air qu’elle avait connu autrefois, elle se sentit accablée d’une peine lourde, sans cause. Elle monta à sa chambre, se laissa tomber sur l’oreiller en pleurant:
—Ah! mon Dieu! mon Dieu!