Et il entendit une voix haute, légère, qui disait:
—Dieu! la belle rose!
Cependant elle n’avait l’air de parler que pour elle seule.
C’était ou jamais le cas de montrer de la complaisance. Il n’aurait eu qu’à se lever, à cueillir la rose et à l’offrir avec un geste amusé, le bras rond. Tant d’autres l’auraient fait ainsi qui n’avaient pas d’aussi belles roses à leur espalier! Le grand Cortise n’eût pas manqué l’occasion; il connaissait les belles manières; il avait une grosse voix douce et grasse comme le merle.
M. Fauche tira une forte bouffée de sa pipe et se tut comme s’il n’avait rien entendu. «Si elle croit m’amadouer!» pensa-t-il. Il avait un peu chaud dans le cou.
L’ombre du chapeau glissa, s’éloigna et il regrettait à présent de ne pas lui avoir offert la rose. Sûrement elle le prendrait pour un balourd, un butor. Il n’aurait pas été fâché qu’elle revînt sur ses pas. Il se dressa à petites fois, regarda par-dessus la haie: elle allait dans le sentier de la grande prairie, le long de l’eau, sans tourner la tête. Mais le chapeau soudain eut un petit mouvement de dépit; il oscilla, retomba sur l’oreille... La petite personne n’aurait pas dit autrement ce qu’il avait pensé qu’elle dirait de lui:
—Quel ours!
«Bah! Qu’elle pense de moi ce qu’elle voudra! Un peu que je m’en soucie!»
Il siffla entre ses dents, rentra se laver les mains à la pompe et tout de même il n’était pas content. C’était comme si le soleil lui eût mangé ses repiquages. Tantin justement revenait du fleuve avec ses arrosoirs. Il les posa à terre; il riait dans sa barbe grise; sa bouche large ouverte tirait de côté son profil de cheval.
—Alle est avenante, fit-il, alle m’a appelé par mon nom, j’ sais pas qui a pu lui dire. Alle m’a demandé à comment que j’allais avec ma santé.