Les jours avaient passé. Les jours rapides et niveleurs de l'existence parisienne, où tout s'oublie, tout s'efface, disparaît si promptement.
A l'heure où la foule est le plus dense à l'Exposition de tableaux du Grand-Palais, Mme Darquet fit son apparition dans les salles, accompagnée de Mme Durand de l'Isle, et poussant triomphalement devant elle Cady, dont le portrait était le succès—presque le scandale—du Salon de cette année-là.
—Ecarte donc ton manteau! s'écriait la mère avec impatience. C'est absurde, tu auras trop chaud tout à l'heure.
Affectant une candide incompréhension, Cady qui s'esclaffait intérieurement, répondait en boutonnant plus étroitement son long pardessus:
—Mais non, maman, au contraire, je gèle... Il fait humide, ici.
Elle savait que la sollicitude de sa mère n'avait pour but que de permettre au public de remarquer le costume gris du portrait et de provoquer la reconnaissance de l'original de la toile en vogue.
Depuis l'ouverture du Salon de la Société nationale, Mme Darquet y venait pour la troisième fois, emmenant toujours Cady avec elle. En ce moment, la faveur de Baby avait une éclipse.
Arrivée à la salle où le tableau de Jacques Laumière se révélait de loin par la foule compacte qui se pressait devant lui. Mme Darquet, affectant une lassitude extrême, se laissa tomber sur le canapé central.
—Je suis déjà brisée! déclara-t-elle haut. Ma foi, je vais attendre ici Laumière qui nous fera visiter les autres salles.
Mme Durand de l'Isle approuva avec son obséquiosité ordinaire.