Partie orientale de Fâs el Bâli. (Le reste de la ville est caché par des collines couvertes de vergers.) (Vue prise à un kilomètre du mellah de Fâs, du chemin de Sfrou.) Croquis de l’auteur.
5o. — SÉJOUR A FAS.
A mon passage à Tanger, M. Benchimol, dont le nom est connu en France par les importants services que, depuis plus d’un siècle, sa famille ne cesse de rendre à notre pays, m’avait donné une lettre pour un des principaux négociants de Fâs, M. Samuel Ben Simhoun. Je me fis immédiatement conduire à la maison de ce dernier. Je reçus de lui le meilleur accueil. Je lui demandai aussitôt de m’aider à trouver les moyens de gagner le Tâdla ; il me promit de le faire, et il m’offrit si cordialement l’hospitalité que je n’hésitai pas à l’accepter. D’ailleurs je comptais ne passer que peu de temps à Fâs : cette ville étant décrite dans plusieurs ouvrages en grand détail et mieux que je n’eusse pu le faire, je n’avais pas à l’étudier ; il me tardait, au contraire, de la quitter pour entrer enfin en pays inconnu. Je priai donc M. Ben Simhoun de hâter mon départ pour le Tâdla : je tenais à y aller en coupant au court, à travers le massif inexploré qu’occupent les Zemmour Chellaḥa et les Zaïan.
Ce que je désirais n’était pas chose aussi facile que je l’avais cru. Nous n’obtînmes d’abord que les renseignements les plus décourageants : le chemin que je voulais prendre était impraticable, jamais on ne le suivait ; les Zaïan et les Zemmour Chellaḥa étaient des tribus sauvages chez lesquelles il était impossible de voyager ; il ne fallait pas songer à une route pareille ; d’ailleurs n’en avait-on pas une autre, aussi sûre que celle-ci l’était peu ? celle qui se prenait toujours, et qui passait par Rebaṭ et Dar Beïḍa. On eut beau chercher, questionner, s’informer, ce fut tout ce qu’on put obtenir. Au bout de huit jours, force fut de s’avouer qu’il n’y avait rien à espérer à Fâs. Mon hôte fit alors une dernière tentative : il écrivit à Meknâs, priant un de ses amis d’y continuer les recherches qui jusque-là avaient si peu réussi. La réponse ne se fit pas attendre : il existait à Meknâs un cherif, homme honorable, qui connaissait le chemin que je demandais ; il l’avait suivi lui-même plusieurs fois : comble de bonheur, il avait l’intention d’aller à Bou el Djạd dans quelque temps ; je pourrais partir avec lui, il se faisait fort de me faire passer partout. Mais il ne voyagerait qu’à la fin du Ramḍân. Or le Ramḍân commençait à peine. Il était dur d’être arrêté un mois à Fâs ; d’autre part, l’occasion qui s’offrait était unique : il fallait ou l’attendre, ou se résigner à suivre la route ordinaire. Je ne balançai pas, j’acceptai la proposition du cherif. — Quant à mon séjour à Fâs, je m’efforcerais de l’employer le plus utilement possible, j’en profiterais pour aller visiter Tâza et Sfrou.
Je ne puis dire combien de zèle montra M. Ben Simhoun en ces négociations. C’est lui qui fit toutes les démarches, toutes les recherches. Jusqu’au moment où la dernière disposition fut prise pour mon départ, il quitta ses occupations, négligea ses affaires, pour se consacrer en entier à ce que je lui avais demandé. Il montra en tout une intelligence, une activité, une discrétion dont je ne devais pas trouver d’autre exemple au Maroc parmi ses coreligionnaires.
Monts Terrats, Gebgeb et Zalar et plaine du Saïs. (Vue prise du chemin de Sfrou à Fâs.)
Croquis de l’auteur.