Croquis de l’auteur.

A 8 heures du matin, je suis à la porte de Fâs ; un superbe cavalier noir y attend : c’est mon guide ; nous partons. Après avoir, sur un pont de huit arches, traversé l’Ouad Sebou, nous nous mettons aussitôt à gravir le flanc droit de sa vallée, haute croupe aux pentes assez raides, au sol jaune et nu : point de végétation, si ce n’est çà et là de rares et maigres cultures. D’ailleurs le terrain est doux, sans une pierre ; le chemin bon et facile : cette côte, Ạqba el Djemel, la seule qu’il y ait entre Fâs et Tâza, est donc un faible obstacle. Nous la franchissons à quelque distance du sommet, et nous descendons ensuite par son versant est : il est semblable à l’autre, mais en pente plus douce. A son pied s’étend un plateau : sol dur, terre semée de beaucoup de pierres, nue dans quelques parties, le plus souvent couverte de palmiers nains et de jujubiers sauvages ; une série de ravins parallèles, parfois assez profonds, le coupe. C’est là que nous cheminons jusqu’au moment où nous atteignons l’Ouad Innaouen. Cette rivière a ici 25 mètres de large et 60 centimètres de profondeur moyenne : ses eaux, vertes et limpides, coulent sur un fond de gravier, au milieu d’un lit de 50 mètres dont elles n’occupent que la moitié ; le reste est couvert d’un fourré de lauriers-roses et de tamarix. Des berges de terre de 2 à 3 mètres bordent ce lit. L’Ouad Innaouen n’a pas un courant régulier, comme celui de l’Ouad Sebou. Tantôt ses eaux sont assez profondes, alors il a peu de courant ; tantôt elles le sont très peu, et son courant est rapide : je ne crois pas que leur profondeur atteigne plus d’un mètre dans les parties que je verrai. La rivière serpente beaucoup ; aussi, sans en quitter les bords, la traverserai-je un grand nombre de fois d’ici à Tâza.

Nous nous engageons dans cette vallée et nous y marchons jusqu’au soir. Le fond, de bonne terre, inculte d’abord, se remplit ensuite, en partie, de champs, de jardins et de bouquets d’arbres. Les flancs, talus de terre brune au sud, blanche ou grise au nord, sont longtemps sans cultures, tantôt nus, tantôt couverts de palmiers nains ; ce n’est que vers la fin de la journée que quelques plantations nous apparaissent sur leurs pentes. A 5 heures, nous faisons halte : nous sommes sur la rive gauche de l’Ouad Innaouen, dans un petit douar où nous passerons la nuit. La rivière a ici 15 mètres de large et environ 50 centimètres de profondeur. Les champs qu’on voit dans la vallée produisent du blé, de l’orge, du maïs ; les jardins, des melons, des pastèques, des courges, des oignons ; les arbres sont des oliviers et des figuiers.

L’Ouad Sebou, sous le pont où nous l’avons traversé, a 35 mètres de large et 80 centimètres de profondeur ; il coule au milieu d’un lit moitié vase, moitié gravier, d’une largeur de 60 à 80 mètres : courant extrêmement rapide ; eau jaune, chargée de beaucoup de terre. Le pont est jeté au-dessus d’un gué ; en amont et en aval, le fleuve se rétrécit et prend une profondeur plus grande. Le fond de la vallée est occupé partie par des cultures, partie par des roseaux. — Du haut d’Ạqba el Djemel, on aperçoit le pays au nord de l’Ouad Innaouen, jusqu’à une grande distance : c’est d’abord une large étendue de collines grises très ravinées ; puis, en arrière, dans le lointain, s’échelonne une série de chaînes de montagnes qui paraissent rocheuses.

30 juillet.

Djebel Riata.

(Les parties ombrées sont boisées.)

(Vue prise au confluent de l’Ouad Innaouen avec l’Ouad Amelloul.)

Croquis de l’auteur.