Départ à 5 heures du matin. Nous continuons à remonter l’Ouad Innaouen. Le fond de la vallée reste ce qu’il était hier. Le flanc droit s’élève un peu sans cesser d’être calcaire ou glaiseux. Le flanc gauche change complètement de nature : au bout de peu de temps, les cultures en disparaissent, le sol s’y hérisse de pierres ; les pentes se raidissent, les crêtes s’élèvent et se couvrent d’arbres ; enfin le flanc se confond avec une haute chaîne de montagnes, rocheuse et boisée ; au milieu d’elles se dresse la cime majestueuse du Djebel Ṛiata[22].

Coupure où passe l’Ouad Innaouen, à 17 kilomètres en aval de Tâza.

(Vue prise au point où la rivière entre dans la coupure.)

Croquis de l’auteur.

Coupure où passe l’Ouad Innaouen, à 17 kilomètres en aval de Tâza.

(Vue prise au point où la rivière sort de la coupure.)

Croquis de l’auteur.

A 11 heures et demie, j’arrive à un accident de terrain des plus curieux : devant moi, la vallée est barrée par une ligne de collines, trait d’union entre les hauteurs de la rive droite et les monts Ṛiata : ces collines sont peu élevées ; un col est au milieu. La rivière, au lieu de s’ouvrir un passage au travers de ce faible obstacle, passe plus au sud, par une étroite et profonde coupure à hautes murailles de roc, creusée à pic dans le flanc du Djebel Ṛiata. Cette brèche, qui n’a au fond que la largeur du cours d’eau, et dont les parois sont presque aussi rapprochées dans le haut que dans le bas, a ses bords supérieurs bien au-dessus du sommet de la chaîne qui barre la vallée. Le chemin franchit cette chaîne en suivant une ligne elle-même remarquable : sur l’un et l’autre versant, on marche dans le fond d’une petite ravine dont la ligne de thalweg marque la place exacte où se sont rejoints les deux massifs pour former la digue ; à gauche de cette ligne, le terrain est entièrement calcaire, ce ne sont que côtes blanches s’étendant à perte de vue ; à droite, il est tout roche, ce ne sont qu’énormes blocs de grès allant se confondre avec ceux du Djebel Ṛiata.