Tâza.
(Vue de la ville prise du chemin de Fâs.)
Croquis de l’auteur.
Je me retrouve dans la vallée de l’Ouad Innaouen au moment où celui-ci, sortant de sa coupure, y réapparaît aussi. Telle était la vallée ce matin, telle elle se retrouve ici et telle elle restera jusqu’au bout : seulement, à partir de maintenant on n’y verra plus ni arbres ni jardins ; par contre, les cultures la couvriront presque entièrement. Nous ne la quittons qu’à l’approche de Tâza. Nous coupons alors au court à travers les premières pentes des montagnes des Ṛiata : sol rocheux, sources nombreuses, bois d’oliviers et de figuiers, foule de jardins et de hameaux. A 3 heures et demie, nous atteignons un col : Tâza apparaît. Une haute falaise de roche noire se détachant de la montagne et s’avançant dans la plaine comme un cap ; sur son sommet, la ville, dominée par un vieux minaret ; à ses pieds, d’immenses jardins : tel est l’aspect sous lequel se présente ce lieu. Bientôt nous entrons dans les jardins, jardins superbes qu’égalent à peine les plus beaux du Maroc. Ils couvrent le flanc gauche et le fond du ravin de l’Ouad Tâza ; à l’ombre d’arbres séculaires auxquels se suspendent de longs rameaux de vigne, nous franchissons ce torrent et nous gravissons, au milieu des rochers, le chemin raide et difficile qui conduit à la ville. A 3 heures et demie, j’atteins la porte de la première enceinte : j’ôte mes chaussures et j’entre.
L’Ouad Innaouen, au moment où je l’ai quitté, à une heure et demie de Tâza, n’avait plus que 5 à 6 mètres de large et environ 30 centimètres de profondeur. En aval de la coupure qu’il traverse, au point où il en sort, sa largeur était encore de 8 mètres. L’Ouad Tâza n’est qu’un torrent ; ses eaux, se précipitant par cascades sur un lit de roche, sont d’une limpidité extrême ; il a 2 mètres de large. On le franchit sur un pont d’une arche en fort mauvais état. De Fâs à Tâza, nous avons rencontré très peu de monde sur la route : point de caravanes ; comme voyageurs, quelques cavaliers portant tous fusil et sabre ; personne dans les champs ; à quatre ou cinq reprises, j’ai remarqué des vedettes en armes postées auprès du chemin : elles étaient là pour veiller sur les moissons, et à l’occasion pour détrousser les étrangers. Pas une personne, le long de la route, qui n’ait témoigné du plus profond respect pour mon guide : tous le saluaient, lui adressaient la parole ; la plupart lui baisaient la main. Le pays que nous avons traversé est peu habité et mal cultivé ; les tentes qu’on y rencontre sont assez belles ; mais les villages ont un aspect misérable, ils sont composés de huttes plutôt que de maisons. Dans les douars, un grand nombre de chevaux bien soignés, signe d’une population belliqueuse.
VILLE DE TAZA.
Tâza. La ville et ses environs.
Croquis au 162000.