8e jour. — De Tarjijt à Tirmert.

Entre ces deux points, le chemin traverse un pays accidenté, mais sans passage difficile. On franchit quelques ruisseaux ; on voit à droite et à gauche des qçars ; je n’ai pu en savoir les noms. Au sortir de Tarjijt on quitte la tribu des Id Brahim et on entre dans celle des..... C’est une tribu nombreuse, se disant d’origine arabe, habitant en partie la tente, en partie des qçars. Celui de Tiṛmert est sur son territoire : il est la résidence de son qaïd, Ould Ḥamed ou Saloum.

Distance : de Tarjijt à Tiṛmert comme de Tatta à Tizgi Ida ou Baloul.

9e jour. — De Tirmert à Aougelmim.

Aougelmim est le principal des qçars qui composent le district d’Ouad Noun et la résidence de son chikh, El Ḥabib ould Beïrouk. De Tiṛmert à ce point, ce n’est qu’une plaine unie et déserte, sans un cours d’eau, sans un gommier.

Distance : de Tiṛmert à Aougelmim comme d’Agadir Tisint à Mrimima.

Seketâna et Gezoula.

Toutes les populations habitant entre l’Ouad Sous, l’Ouad Dra et le Sahel sont divisées en deux grandes familles, les Seketâna et les Gezoula. Personne dans toute cette région, les marabouts exceptés, qui n’entre dans une de ces deux familles : les quelques tribus se disant d’origine arabe en font partie au même titre que les Imaziṛen reconnus, les Ḥaraṭîn au même titre que les Chellaḥa. Les marabouts, les cherifs et les Juifs restent seuls en dehors de cette division ; encore l’exception n’est-elle pas absolue pour les marabouts ni pour les cherifs : quelques zaouïas sont Seketâna ou Gezoula. Les tribus sont entièrement de l’une ou de l’autre famille : il ne saurait en être différemment. Mais les districts, les oasis, comme Tisint, Tatta, etc., où les divers qçars n’ont aucun lien entre eux, sont presque toujours mélangés : telle localité est Gezoula, telle autre voisine Seketâna ; on voit même des qçars mi-Seketâna, mi-Gezoula.

La région où les populations sont ainsi divisées en Seketâna et Gezoula est, en résumé, celle qui est arrosée par les affluents de gauche de l’Ouad Sous d’une part, par les affluents de droite du Dra d’autre part, c’est-à-dire le massif presque entier du Petit Atlas. Au nord de cette contrée, sur la rive droite du Sous, on ne m’a plus paru connaître la classification en Gezoula et Seketâna ; au sud, il n’y a que le désert ; à l’ouest se trouvent les tribus du Sahel, parmi lesquelles cette division n’existe pas ; à l’est, sur la rive gauche du Dra, sont les Berâber : ceux-ci ne sont ni Gezoula ni Seketâna, ils ne sont que Berâber : leur tribu, avec ses nombreuses fractions, est, en population comme en étendue de territoire, égale, sinon supérieure aux Gezoula ou aux Seketâna : c’est un troisième peuple, mais qui a gardé jusqu’à ce jour son homogénéité, son fractionnement naturel, son organisation régulière et son groupement compact, choses que les deux autres ont perdues depuis un temps déjà lointain dont ils n’ont pas souvenance.

La classification en Seketâna et Gezoula n’est pas seulement un souvenir généalogique : c’est, encore à présent, une division réelle : un qçar, une tribu Seketâna a-t-elle une guerre contre un qçar ou une tribu Gezoula, c’est toujours parmi les fractions de sa race qu’elle cherchera des alliés. Les Seketâna se prêtent secours entre eux, même à une grande distance, et les Gezoula de même. Ainsi, il y a quelques jours, les habitants de Qaçba el Djouạ ont été jusque dans le bassin du Sous porter aide à une fraction des Aït Semmeg qui avait réclamé leur assistance. De même, pendant mon séjour à Tintazart, il était parti 60 Chellaḥa et Ḥaraṭîn de Tatta pour secourir leurs frères dans le voisinage de l’Ouad Isaffen. Cela n’empêche pas cependant les querelles et guerres entre membres d’une des deux familles : bien plus, il arrive parfois, bien que rarement, qu’un qçar ou une fraction, appartenant d’origine à l’une des deux races, change de camp à la suite de querelles intestines et se range du côté de l’autre : on la compte dès lors comme faisant partie de cette dernière. C’est ainsi que les Indaouzal, tout en n’étant d’origine qu’une seule tribu, sont comptés aujourd’hui mi-Seketâna, mi-Gezoula.