9o DE L’OUAD TIFNOUT A MERRAKECH. — On gagne Dou Ougadir : de là on remonte l’Ouad Izgrouzen jusqu’à sa source. Celle-ci se trouve à la crête du Grand Atlas, au Tizi n Tamejjout. On franchit la chaîne à ce col et on débouche dans la vallée de l’Ouad Agoundis. On en descend le cours en traversant un grand nombre de villages, dont voici les principaux : Tizi n Idikel, Tizi n Glouli, Igisel, Iṛal n Ṛbar, Iberziz, Azgrouz, Agoundis, Taourbart, Dar el Mrabṭin, Ijjoukak, Dar El Genṭafi. De là on suit la vallée de l’Ouad Nfis : le reste de l’itinéraire est le même qu’à l’article précédent.

Le cours de l’Ouad Agoundis est sous l’autorité de Qaïd El Genṭafi. Ce personnage, dans la famille de qui le pouvoir est héréditaire depuis de longues générations, est célèbre dans tout le Maroc par ses immenses richesses : plusieurs légendes ont cours sur leur origine : les uns disent qu’il existe une mine d’or sous son château, d’autres prétendent qu’il a trouvé la pierre philosophale. Pendant longtemps le Genṭafi a été insoumis. Il y a quelques années, Moulei El Ḥasen résolut de faire une expédition contre lui. Le Genṭafi n’osa résister ; il préféra désarmer le sultan par des présents : à son approche, il alla au-devant de lui, se faisant précéder par des cadeaux dont voici l’énumération : 100 nègres, 100 négresses, 100 chevaux, 100 vaches avec leurs veaux, 100 chamelles avec leurs petits. Devant de tels dons, Moulei El Ḥasen se tint pour satisfait. Il reçut la soumission du chikh et lui laissa son pouvoir, en lui donnant le titre de qaïd. Seulement il emmena deux de ses filles, dont il fit ses épouses : le Genṭafi a ainsi l’honneur d’être beau-père du sultan. Mais, de son côté, celui-ci a des otages précieux qui lui répondent de la fidélité du puissant qaïd. Lorsque ce dernier vient à Merrâkech, il y est fort bien reçu, mais il ne lui est permis ni de voir ni d’entretenir ses filles.

10o DE TINTAZART (TATTA) A MERRAKECH. — Tintazart, Afra, Imi n ou Aqqa (kheneg désert), Ti n Iargouten (qçar des Aït Ḥamid, Chellaḥa vassaux des Aït Jellal) ; Aït el Ḥazen (tribu formée de plusieurs villages situés sur la rivière du même nom ; versant nord du Petit Atlas) ; Arbạa Ammeïn (village avec marché le mercredi ; il fait partie d’Ammeïn, groupe de plusieurs villages situés sur l’Ouad Aït Semmeg) ; Tizi n Sous (c’est le col dont nous avons parlé plus haut, celui où se trouve la qoubba de Sidi Bou Reja) ; Aoulouz ; on gravit la montagne d’Aougeddimt, et on gagne le village de Taleouin ; on traverse l’Ouneïn ; de l’Ouneïn on entre dans le désert, où l’on franchit le mont Ouichdan, très haut massif dont le sommet est presque toujours couronné de neige. De là on passe à l’Ouad Nfis : on le descend assez longtemps, puis on gagne successivement Tagadirt el Bour, Kik, Ouizil, Akreïch, Merrâkech.

Distances :de Tintazart à Imi n ou Aqqa comme de Tintazart à Foum Meskoua.
d’Imi n ou Aqqa à Talella comme de Tintazart à Foum Meskoua.
de Talella aux Aït Ḥamid comme de Tintazart à Tiiggan.
des Aït Ḥamid aux Aït el Ḥazen comme de Tintazart à l’Ouad Tatta (sur la route d’Aqqa).
des Aït el Ḥazen à Arbạa Ammeïn comme de Tintazart à Foum Meskoua.
d’Arbạa Ammeïn à Tizi n Sous comme de Tintazart à Foum Meskoua.
de Tizi n Sous à Aoulouz comme de Tintazart à Foum Meskoua.
d’Aoulouz à Taleouin comme de Tintazart à Aqqa.
de Taleouin à Djebel Ouichdan comme de Tizi n Tzgert à l’Ouad Tatta (sur la route d’Aqqa).
de Tagadirt el Bour à Kik comme de Tintazart à Aqqa.
de Kik à Ouizil comme de Tintazart à Adis.
d’Ouizil à Akreïch comme de Tintazart à Adis.
d’Akreïch à Merrâkech comme de Tintazart à Foum Meskoua.

IV.

SAHEL.

Tribu des Haha.

Le pays des Ḥaḥa est merveilleux de fertilité et encore assez riche, bien qu’après avoir été pressuré par Ould Bihi (le dernier d’une famille de qaïds héréditaires qui a longtemps été à la tête de la tribu), désolé par Anflous (serviteur d’Ould Bihi qui usurpa le pouvoir après que ce dernier eut été empoisonné par le sultan, et qui fut, lui aussi, pris par trahison et mis à mort), il soit aujourd’hui horriblement opprimé par le makhzen. A chaque pas, on voit des ruines, des maisons détruites, des tours à demi renversées : ce sont les traces qu’a laissées la courte domination d’Anflous. A chaque pas, on entend les plaintes des habitants sur les déprédations des représentants actuels du sultan : un homme a-t-il quelque bien, on le dépouille aussitôt. Aussi beaucoup de Ḥaḥa (on dit Ḥaḥa en arabe, et Iḥaḥan en tamaziṛt) cherchent-ils à obtenir la protection de consuls chrétiens de Mogador. Malgré tant de maux, le pays est assez prospère : demeures nombreuses ; beaux troupeaux ; vastes cultures. Mais le terrain labourable qui reste inculte occupe une immense étendue : on pourrait ensemencer une surface presque double de celle qu’on cultive.

Les Ḥaḥa se divisent en 12 fractions, auxquelles M. El Ḥasen, depuis leur soumission récente (après avoir été longtemps indépendants, ils viennent d’être en révolte durant plusieurs années), a préposé 4 qaïds. Ces qaïds ont sous leurs ordres des chikhs et des ạamels. Les chikhs sont ici les gouverneurs des fractions : il y en a un pour chacune des douze ; les ạamels sont chargés de percevoir les impôts pour le sultan : ils sont en plus grand nombre.