[4]Les trois villes que les Français appellent inexactement Fez, Mequinez et Maroc s’appellent Fâs, Meknâs et Merrâkech. Nous écrirons tous les noms propres marocains avec leur orthographe véritable, à l’exception de trois auxquels nous conserverons celle qui depuis longtemps est adoptée en France : Tanger, Tétouan, Mogador.

Pour la transcription des mots arabes, nous suivrons en général la méthode suivante : ا, a, e — ب, b — ت, t — ث, t et rarement ts — ج, dj — ح, ḥ — خ, kh — د, d — ذ, d — ر, r — ز, z — س, s — ش, ch — ص, ç — ض, ḍ, — ط, ṭ — ظ, ḍ — ع, ạ et quelquefois ọ — غ, ṛ — ف, f — ڧ, q, g — ك, k — ل, l — م, m — ن, n — ه, h — و, ou, o — ي, i — ة, a.

Quant aux mots appartenant à la langue tamaziṛt, qui ne s’écrit plus au Maroc, nous nous attacherons à les reproduire comme nous les aurons entendus, nous servant pour cela des lettres de notre alphabet et de cinq lettres arabes, le ḥ, le kh, le ḍ, le ṭ et le ṛ.

Dans les noms imaziṛen comme dans les noms arabes, toutes les lettres devront se prononcer : ainsi, Selîman, Zaïan, Taourirt, Demnât, Ibzâzen, etc., se liront comme s’il y avait, Selimane, Zaïane, Taourirte, Demnâte, Ibzâzene. La lettre g sera toujours dure : ainsi on prononcera Agerd, Aginan, comme s’il y avait Aguerd, Aguinan.

Nous nous servirons dans le courant de cette relation de plusieurs mots étrangers tels que qaïd, ṭaleb, tiṛremt, agadir, cherif, qçar, etc. : le singulier seul en sera employé, afin de faciliter la lecture. Pour le pluriel on se bornera à y ajouter une s. Nous dirons des qaïds, des ṭalebs, des tiṛremts, des qçars, et non des qïad, des ṭolba, des tiṛrematin, des qçour. Nous ne ferons exception à cette règle que pour trois mots appelés à revenir très souvent ; l’un, nom de race ; les deux autres, appellations par lesquelles les étrangers désignent des fractions de cette race : ce sont, d’abord, Amaziṛ ; puis Chleuḥ, qui veut dire Amaziṛ blanc, et Ḥarṭâni, qui veut dire Amaziṛ noir. Nous dirons un Amaziṛ, une Tamaziṛt, des Imaziṛen, un Chleuḥ, une Chleuḥa, des Chellaḥa, un Ḥarṭâni, une Ḥarṭania, des Ḥaraṭîn.

L’arabe qui se parle au Maroc est à peu de chose près celui de l’Algérie : il n’en diffère que par une corruption un peu plus grande : les mots étrangers y sont plus nombreux. L’accent présente quelques différences dont la plus importante et la plus générale est que le ج se prononce simplement J : ainsi l’on dit, Jzaïr, Alger, Oujda, Oudjda. Quelquefois la même lettre se prononce G ; exemple : gaïz, passant.

[5]Les fondoq sont des sortes d’hôtelleries.

[6]Citadelle.

[7]Cet itinéraire est le suivant : Tétouan, Beni Ạouzmer, Beni Ḥasan, Akhmâs, Beni Zerouâl, Beni Ḥamed, Raḥôna, Cherâga, Fâs.

[8]زطاط, pluriel زطاطة. Dans toutes les tribus indépendantes du Maroc, ainsi que dans celles qui sont imparfaitement soumises, la manière de voyager est la même. On demande à un membre de la tribu de vous accorder son ạnaïa, « protection », et de vous faire parvenir en sûreté à tel endroit que l’on désigne : il s’y engage moyennant un prix qu’on débat avec lui, zeṭaṭa : la somme fixée, il vous conduit ou vous fait conduire par un ou plusieurs hommes jusqu’au lieu convenu ; là on ne vous laisse qu’en mains sûres, chez des amis auxquels on vous recommande. Ceux-ci vous mèneront ou vous feront mener plus loin dans les mêmes conditions : nouvelle ạnaïa, nouvelle zeṭaṭa, et ainsi de suite. On passe de la sorte de main en main jusqu’à l’arrivée au terme du voyage. Ceux qui composent l’escorte sont appelés zeṭaṭ ; leur nombre est extrêmement variable, je l’indiquerai toujours : on verra qu’un seul homme suffit parfois, lorsque ailleurs, souvent très près, quinze ne suffisent pas. L’usage de l’ạnaïa, appelé aussi mezrag, forme une des principales sources de revenu des familles puissantes. C’est à elles, en effet, que les voyageurs s’adressent de préférence, la première condition chez un zeṭaṭ étant la force de faire respecter son protégé. Il y a une seconde qualité non moins essentielle qu’il faut chercher en lui : c’est la fidélité. En des lieux où il n’y a ni lois ni justice d’aucune sorte, où chacun ne relève que de soi-même, des zeṭaṭs peuvent piller, égorger, chemin faisant, les voyageurs qu’ils avaient promis de défendre ; nul n’a un mot à leur dire, nul n’a un reproche à leur faire ; c’est un accident contre lequel rien au monde ne peut garantir : une fois en route avec des zeṭaṭs, on est entièrement à leur merci. Aussi faut-il les choisir avec la plus grande prudence et, avant de demander à un homme son ạnaïa, s’informer minutieusement de sa réputation. D’ailleurs, quoiqu’on en voie un très grand nombre qui trahissent, soit ouvertement en vous pillant eux-mêmes, soit par stratagème en vous faisant dépouiller par un parti plus nombreux auquel ils donnent le mot ; quoiqu’il y en ait d’autres qui vous abandonnent, chemin faisant, après s’être fait payer d’avance, ou bien qui ne consentent à vous accompagner jusqu’au bout qu’à condition d’augmenter leur salaire, malgré ces genres divers de trahison, genres que j’ai expérimentés tous sans exception, on trouve aussi des hommes honnêtes qui, les uns par sentiment d’honneur, les autres pour garder intacte une réputation source de nombreux bénéfices, non seulement vous conduisent fidèlement jusqu’à la fin, mais montrent même un dévouement qui va jusqu’à risquer leur vie pour vous défendre.