[17]Le qaïd d’El Ạraïch est le chef de la province du même nom. De Tanger à Fâs, je traverse cinq provinces : celles de Tanger, de Tétouan, d’El Ạraïch, du Ṛarb, et de Fâs. Les quatre premières sont gouvernées chacune par un qaïd ; dans la dernière l’autorité est partagée entre trois bachas. Ces sept fonctionnaires relèvent tous directement du sultan. La province du Ṛarb est très étendue : je vais y entrer, et j’y resterai jusqu’auprès de Fâs. Les tribus des Ṭegaga, des Hejaoua, des Oulad Ạïssa, des Cheraga, en font partie.

[18]

Le Maroc se divise politiquement et commercialement en deux régions distinctes et presque sans rapports l’une avec l’autre : la première a Fâs pour centre ; on peut l’appeler Maroc du nord ou royaume de Fâs. La seconde a pour centre Merrâkech : elle peut se désigner sous le nom de Maroc méridional ou royaume de Merrâkech. Ces deux régions ont chacune leur capitale, chacune leurs ports, chacune leur commerce. Elles sont séparées par une longue ligne de tribus indépendantes, les Zạïr, les Zemmour Chellaḥa, les Zaïan, les Ichqern, les Aït Seri, les Berâber, et par les régions montagneuses qui s’étendent entre les bassins de l’Oumm er Rebiạ et du Dra d’une part, et ceux du Sebou, de la Mlouïa et du Ziz de l’autre. Il n’y a que deux points par où communiquent ces deux contrées ; ils se trouvent aux extrémités opposées de la ligne qui les sépare ; ce sont : au nord-ouest, le bord de la mer ; au sud-est, la plaine qui, par le Todṛa, le Ferkla et le Ṛeris, s’étend entre l’Ouad Dâdes et l’Ouad Ziz. Les deux chemins qui suivent, l’un cette plaine, l’autre le rivage de l’Océan, sont les seuls qui mettent en relation le Maroc du nord et le Maroc du sud.

[19]Il faut aussi compter parmi les obstacles au commerce l’absence d’un système monétaire uniforme. Il y a bien une unité monétaire, le mitqal, se divisant en dix ouqia. Mais c’est une valeur toute théorique ; il n’existe point de monnaie la représentant : on se sert de pièces étrangères et de quelques rares pièces du pays, les unes et les autres changeant de valeur dans chaque ville, dans chaque tribu. Les pièces en usage sont :

Le real (pièce de 5 francs, française ou espagnole) : il a cours partout ; c’est la monnaie principale, l’unité dont on se sert pour tous les comptes, toutes les évaluations.

La peceta (pièce de 1 franc ; 5 valent un real) : toutes les pièces d’un franc françaises ou espagnoles passent dans les grandes villes ; hors de là n’ont cours que les vieilles pecetas espagnoles du siècle dernier ou des dix premières années de celui-ci.

Diverses monnaies marocaines en argent. Il y en a d’une foule de modèles, les unes anciennes, les autres neuves ; les plus fortes sont un peu plus grosses qu’une pièce de 0 fr. 50 : on ne leur donne pas d’autre nom que celui de leur valeur en ouqias, valeur qui change en chaque lieu. Elles passent dans tout le Maroc, mais avec une valeur relative moindre que celle des pièces européennes.

Les pièces de 2 francs, de 0 fr. 50 et de 0 fr. 20, n’ont cours que dans les grandes villes ; il en est de même de toute la monnaie d’or. Les populations des campagnes et des petites localités, n’ayant pas le moyen de la contrôler, refusent de l’accepter, craignant d’en prendre de fausse.

Comme monnaie de cuivre, on se sert d’une monnaie nationale dont l’unité est la mouzouna. On compte quatre mouzounas dans l’ouqia et 40 dans le mitqal. Cette monnaie est en usage dans tout le Maroc ; sa valeur y est uniforme : c’est la seule pour laquelle il en soit ainsi. Il n’y a pas de pièces d’une mouzouna ; il y en a de 2/3 de mouzouna, de 1/6 de mouzouna, etc.