Houara Angad.
Ni marché, ni Juifs.
Le désert d’Angad est, avons-nous vu, bordé au nord et au sud par deux longues chaînes de montagnes. Prenant les noms des tribus qui les habitent, elles s’appellent, l’une Djebel Beni Iznâten, l’autre, d’abord Djebel Beni Bou Zeggou, puis Djebel Zekkara. Nous allons dire un mot des Beni Iznâten, des Beni Bou Zeggou et des Zekkara.
Beni Iznâten. — Riche et puissante tribu habitant la chaîne de montagnes qui s’étend entre l’Angad et la Méditerranée, de la frontière algérienne à la Mlouïa. Elle est citée dans la plupart des ouvrages français sous le nom altéré de Beni Snassen. C’est une tribu sédentaire, de race et de langue tamaziṛt. Elle a été longtemps libre et était, il y a quelques années encore, gouvernée en toute indépendance par son chikh héréditaire. Le dernier fut Ḥadj Mimoun ben El Bachir, célèbre et encore populaire dans toute la contrée par sa puissance, ses richesses, et par la justice de son gouvernement. Dans une des premières années de son règne, Moulei El Ḥasen, avec l’aide du moqaddem de la zaouïa de Moulei Edris de Fâs, s’empara par trahison de sa personne et le jeta en prison. Il espérait amener par là la soumission des Beni Iznâten ; mais elle ne se fit pas : ils vécurent dans l’anarchie jusqu’au moment où le sultan, en 1876, vint avec son armée à Oudjda. Ils se décidèrent alors à le reconnaître. Il les subdivisa en quatre commandements ; à la tête de chacun fut placé un qaïd à qui ils obéissent depuis tant bien que mal.
Beni Bou Zeggou. — Tribu sédentaire bien que n’ayant que des tentes. Celles-ci sont, comme chez les Kerarma, installées au milieu de cultures, en des lieux invariables. Les Beni Bou Zeggou habitent la chaîne de montagnes à laquelle ils ont donné leur nom, entre le Ḍahra et l’Angad ; de plus, ils s’étendent à son pied sur la lisière de l’Angad et occupent dans cette plaine le cours entier de l’Ouad Mesegmar. C’est une tribu tamaziṛt, de langue comme de race. Elle compte 1200 fantassins et 120 chevaux. Indépendante jusqu’en 1876, elle s’est à cette époque soumise au sultan, au moment de l’expédition d’Oudjda. Moulei El Ḥasen donna le titre de qaïd à son chikh héréditaire, Ḥamada. Celui-ci la gouverne depuis lors, réprimant le vol et le brigandage avec une ardeur extrême, qu’égale seulement, dit-on, celle qu’il mettait, avant sa soumission, à les pratiquer lui-même.
Point de Juifs chez les Beni Bou Zeggou.
Zekkara. — Petite tribu sédentaire. Elle vit dans des villages. C’est une tribu de montagne tout entière cantonnée dans le tronçon de chaîne qu’elle occupe et auquel elle a donné son nom. Elle ne compte que 200 fantassins et n’a point de chevaux. Elle est tamaziṛt de langue comme de race. Les Zekkara sont soumis au sultan depuis la campagne de 1876. Ils sont gouvernés par un chikh qui dépend du qaïd d’Oudjda.
7o. — DAHRA.
Ḍahra est le nom que porte la région des Hauts Plateaux dans sa partie marocaine. Le Ḍahra est limité, au nord, par les monts Debdou et Oulad Ạmer et par un long talus montagneux qui le sépare de l’Angad, talus dont les djebels Beni Bou Zeggou et Zekkara sont les degrés inférieurs ; à l’est, par la frontière algérienne ; à l’ouest, par le Rekkam ; au sud, par les dernières pentes du Grand Atlas et le bassin du Gir.
De tout point pareil aux Hauts Plateaux de la province d’Oran, le Ḍahra est une vaste étendue déserte, au sol uni, dure sans être pierreuse, aride, sans autre végétation que l’ḥalfa qui la couvre en entier, sans autre eau que celle de rares puits creusés à grands intervalles, souvent à plus d’une journée de marche l’une de l’autre. Encore les puits sont-ils fréquemment à sec ou comblés, et si l’on y trouve de l’eau, elle est presque toujours saumâtre. Tels sont ces steppes désolés où cependant, comme dans ceux d’Algérie, vivent des tribus nomades. Elles n’y ont point de territoire fixe : toujours en mouvement, changeant constamment de place pour donner de nouveaux pâturages à leurs troupeaux, elles parcourent le Ḍahra en tous sens, tantôt groupées, tantôt éparpillées, tantôt côte à côte, tantôt loin les unes des autres. Cependant certaines tribus sont plus souvent au sud, d’autres se tiennent généralement dans le nord. Les premières sont celles qui ont leurs qçars et leurs dépôts de grains au pied du Grand Atlas, les secondes celles dont les magasins sont près du revers septentrional du plateau, ou dans l’Angad.