[22]C’est ici que j’atteins pour la première fois le pied du massif de l’Atlas. Les chaînes que j’ai rencontrées jusqu’ici appartenaient toutes à un autre massif qui en est entièrement distinct, le massif Rifain.
On donne le nom général d’Atlas au long dos d’inégale hauteur qui, tantôt montagnes, tantôt plateaux, traverse tout le Maṛreb de l’ouest-sud-ouest à l’est-nord-est, sortant de l’Océan à Agadir Iṛir, plongeant dans la Méditerranée à Tunis. Il se divise naturellement en trois parties : Atlas Marocain, Atlas Algérien, Atlas tunisien. Aux deux dernières on ne donne que l’appellation générale d’Atlas. Dans l’Atlas Marocain, au contraire, on distingue le Grand Atlas, le Moyen Atlas et le Petit Atlas. Ce sont trois chaînes parallèles qui forment, dans ce pays, la partie essentielle du massif.
Le Grand Atlas commence à l’Océan, dans la tribu des Ḥaḥa, et expire dans le Ḍahra. C’est de beaucoup la plus haute des trois chaînes ; c’est aussi la plus longue et c’est l’arête centrale.
Le Moyen Atlas est parallèle au Grand et situé au nord de celui-ci. Commençant non loin de Demnât, il expire dans le Ḍahra, à l’est de Debdou. C’est la seconde chaîne en hauteur.
Le Petit Atlas, parallèle aux deux premiers, mais moins haut qu’eux, est situé au sud du Grand Atlas : il commence à l’Océan, entre les embouchures du Sous et du Dra, et paraît expirer entre le Dra et le Ziz, dans les plateaux qui avoisinent ce dernier fleuve.
Telles sont les trois chaînes fondamentales de l’Atlas Marocain. Il y en a d’autres secondaires, toutes parallèles aux premières. Parmi elles, la plus importante est celle devant laquelle nous sommes : commençant à l’ouest d’Oulmess, elle passe au sud de Sfrou, a un de ses points culminants au Djebel Ṛiata et se continue par les monts Beni Bou Zeggou, Zekkara, etc., jusqu’en Algérie, où elle passe au sud de Tlemsen.
Je franchirai cette dernière chaîne à Oulmess, le Moyen Atlas entre Qaçba Beni Mellal et Ouaouizert, le Grand Atlas à Tizi n Glaoui et à Tizi n Telṛemt, le Petit Atlas un grand nombre de fois.
Chaque fois que je dirai : « au nord de l’Atlas », « au sud de l’Atlas », ce sera toujours de l’arête principale du massif que j’entendrai parler : il faudra donc comprendre : « au nord, au sud du Grand Atlas ».
Le nom de Djebel Ṛiata, qu’on vient de lire plusieurs fois, s’emploie également pour désigner l’ensemble de la région montagneuse occupée par les Ṛiata et pour indiquer le pic remarquable qui en est le point dominant. Ce pic est célèbre à plus d’un titre : très élevé, il se voit d’une grande distance ; ses flancs passent pour renfermer des minerais de plusieurs métaux ; enfin son sommet est le lieu où se produit une particularité unique au Maroc : chaque année, après la fonte des neiges, ses plus hautes pentes se couvrent d’une foule de chenilles à longs poils ; elles sont aussi froides que la glace, et c’est, disent les indigènes, la neige qui les enfante. On les appelle des iakh (يَخ). Les chèvres mangent avidement ces chenilles, qui disparaissent bientôt. Il n’y a d’iakhs au Maroc que sur le Djebel Ṛiata. C’est à ces insectes qu’il est fait allusion dans ce dicton de Fâs :