شيان عجيبان ابرد من اليَخ الشّيخ يتصابّا وصبي يتمشيَخ

« Deux ridicules sont plus froids que l’iach : le vieillard qui fait le jeune, et le jeune homme qui fait le vieux. »

[23]Les mkhaznis sont des miliciens irréguliers, plutôt gendarmes que soldats. Ils ne forment point de corps constitués. Les principaux qaïds, ceux des villes surtout, en ont un certain nombre auprès d’eux ; ils s’en servent pour faire la police, et surtout pour pressurer le pays. Quand ils en ont 100, comme celui de Tâza, c’est beaucoup. Il y a des mkhaznis à pied et à cheval : ils se montent et s’arment à leurs frais et à leur fantaisie : leur solde est fort irrégulière ; suivant l’exemple de leurs maîtres, ils vivent sur le peuple en extorquant de l’argent çà et là. Je pense qu’en estimant à 2000 le chiffre des mkhaznis ainsi disséminés dans les provinces on aura un chiffre au-dessus de la vérité. Il y en a un plus grand nombre auprès du sultan, ne quittant pas sa personne.

[24]L’Ouad el Kḥel se jette sur la rive gauche de l’Ouad Innaouen : son cours, m’a-t-on assuré, est souterrain sur une certaine longueur ; sa vallée, très profonde, très étroite, d’abord très difficile, est d’une richesse extrême. Ce n’est qu’un long jardin où s’échelonnent des villages nombreux.

[25]Le combat eut lieu dans la montagne, sur les bords de l’Ouad Bou Gerba. Les Ṛiata avaient, dit-on, construit des barrages qu’ils rompirent tout à coup : les eaux du torrent se précipitèrent avec fureur et emportèrent une partie de l’armée du sultan.

[26]On appelle ainsi le chanvre indien, connu ailleurs sous le nom de ḥachich. On ne le désigne au Maroc que sous celui de kif. Il s’en fait en ce pays une grande consommation. Dans les villes, l’usage en est extrêmement répandu : la plus grande partie des classes moyenne et pauvre, les petits marchands, tout ce qui est mkhazni, soldat, la plupart des esclaves l’y fument. Le tabac est moins à la mode ; s’en sert-on, c’est presque toujours mélangé au kif. Les Juifs seuls ont l’habitude de la cigarette. La consommation du kif et du tabac est assez importante pour que le sultan se soit réservé le monopole de leur introduction dans les villes, monopole qu’il afferme soit à des compagnies, soit à des particuliers. A Fâs, c’est une société de vingt Israélites qui le possède en ce moment. Sfrou et Tâza dépendent de cette même société. La plus grande partie du kif et du tabac qui pénètrent dans ces villes vient du Rif ; plusieurs tribus y vivent presque exclusivement du revenu de cette culture : parmi elles on cite les Ketâma, petite tribu voisine des Beni Zerouâl ; ses produits sont les plus renommés du nord du Maroc.

La difficulté de se procurer du kif dans les campagnes fait que l’usage de le fumer y est bien moins répandu que dans les villes : le prix en étant plus élevé, il y devient un luxe ; au lieu d’être, comme dans les cités, la consolation de la classe pauvre, il y devient la distraction des riches, et surtout des cherifs et des marabouts. Ces derniers sont à peu près les seuls qui l’y fument : on peut presque partout les reconnaître au double usage du kif et de l’eau-de-vie (maḥia), qui forme un de leurs caractères distinctifs. Quant au tabac, une fois sorti des villes, je le verrai disparaître complètement jusqu’au Sahara ; mais là je trouverai vers Tisint, Tatta, Aqqa, une vaste région où tout le monde le fume du matin au soir : les tabacs à la mode y sont ceux du Touat, du Dra, et surtout d’Ouad Noun.

[27]Les sots.

[28]Sidi El Ḥasen el Ioussi est un célèbre marabout marocain qui naquit dans la première moitié du XIe siècle de l’hégire (entre 1592 et 1640, environ). Voici quelques notes concernant sa personne : elles sont extraites d’un ouvrage écrit par lui-même, Moḥaḍarat Chikh El Ḥasen el Ioussi ; elles m’ont été communiquées par M. Pilard, ancien interprète militaire : « Je suis El Ḥasen ben Mesạoud ben Moḥammed ben Ạli ben Iousef ben Aḥmed ben Ibrahim ben Moḥammed ben Aḥmed ben Ạli ben Ạmar ben Iaḥia ben Iousef (et celui-ci est l’ancêtre de la tribu) ben Daoud ben Idracen ben Ietatten. Voilà quelle était la généalogie (de Iousef) lorsqu’il vint se fixer à Ḥara Aqlal, bourgade du Ferkla encore bien connue aujourd’hui... Quant au qualificatif de Ioussi, on disait originairement el Iousfi, et ce nom rappelait l’ancêtre de notre tribu. Mais, dans leur idiome, les gens de notre pays suppriment l’F... Mon maître fut le Chikh el Islam Abou Ạbd Allah Sidi Moḥammed En Nacer ed Draï. »

[29]Sur le territoire des Beni Mgild se trouve, au milieu des forêts, une source célèbre, Ạïn el Louḥ : elle est, dit-on, à deux journées de marche de Sfrou, dans la direction du sud-ouest.