Croquis de l’auteur.

Départ à 5 heures du matin. Telle était hier soir la vallée de l’Ouad el Ạbid, telle elle reste aujourd’hui ; les hautes montagnes qu’elle traverse sont, à l’exception des places cultivées, entièrement boisées : oliviers sauvages, pins, mêlés parfois de lentisques et de caroubiers. Par instants, le fond de la gorge se resserre au point de n’avoir que 30 mètres de large ; par moments, il s’étend un peu et a jusqu’à 100 mètres : en ces endroits, d’autant plus fréquents qu’on avance davantage, les bords de l’ouad se garnissent de lauriers-roses, les parois de la vallée s’abaissent et s’inclinent, quelques arbres poussent aux fentes des rochers. La gorge, jusqu’au point où la rivière sort de l’Atlas, présente donc l’aspect suivant : une série d’étranglements très étroits unis par des défilés, lesquels, resserrés au début, s’élargissent peu à peu à mesure qu’on descend, en même temps que leurs flancs deviennent moins escarpés. Au bout d’une heure et demie, la muraille rocheuse s’est déjà beaucoup abaissée dans ces endroits ; un peu plus tard, elle fait par moments place à la terre, et la forêt arrive jusqu’au bord des eaux. A dater de 8 heures et demie, la largeur habituelle est 100 mètres ; des trembles, des oliviers, couvrent le fond ; les parois de roche sont très basses ou remplacées par des talus de terre à 1/1 ; quelques maisons entourées de vergers apparaissent sur les pentes. Des étranglements resserrent encore par moments la vallée, mais de chacun elle sort plus large. A 9 heures et demie, elle a 150 mètres et se remplit de jardins ; les flancs en sont à 1/1 ou à 1/2 ; des habitations s’y élèvent de toutes parts. Elle reste ainsi jusqu’à Aït ou Akeddir, où j’arrive à 10 heures et demie du matin.

En chemin, j’ai traversé l’Ouad el Ạbid plusieurs fois, la première vers 6 heures (25 mètres de large, 70 centimètres de profondeur), la dernière vers 10 heures un quart (40 mètres de large, 50 centimètres de profondeur). Partout les eaux étaient les mêmes, limpides, vertes, impétueuses ; partout elles coulaient sur un lit de gros galets, sans berges ; les blocs de roche dont était semé le lit au commencement avaient disparu dans la dernière partie du trajet. Depuis 8 heures et demie, les rives étaient garnies d’un grand nombre d’appareils qui servent aux habitants à traverser en hiver, lorsque, les eaux étant hautes, on ne peut plus franchir à gué ; ces machines se composent de deux fortes piles de maçonnerie établies l’une de chaque côté de la rivière ; en leur milieu sont fixés de gros troncs d’arbres, auxquels s’amarrent les cordes servant au passage. Le sol du fond de la vallée est partout de terre.

2 et 3 octobre.

Séjour à Aït ou Akeddir. Les Aït Ạtab, chez lesquels je suis, sont une tribu tamaziṛt (chleuḥa), indépendante. Leur territoire est limité : au nord, par les Aït Ạïad et le Tâdla ; à l’est, par les Aït Bou Zîd ; au sud et à l’ouest, par l’Ouad el Ạbid. Ils peuvent mettre en ligne environ 1200 fantassins et 300 chevaux. Deux marchés sur leur territoire : Ḥad d’Aït Ạtab et Arbạa d’Ikadousen ; Ikadousen est le nom d’une de leurs fractions, qui habite vers le nord-ouest du point où je suis.

Aït ou Akeddir est un gros village, situé sur les premières pentes du flanc droit de l’Ouad el Ạbid, à un coude que fait la rivière ; les environs de ce centre sont la portion la plus habitée du territoire des Aït Ạtab. Auprès de lui s’élèvent à peu de distance plusieurs autres groupes, parmi lesquels on distingue El Ḥad, où se tient le marché. En face, le flanc gauche est hérissé d’une foule de maisons, de tiṛremts, s’étageant en amphithéâtre au milieu des oliviers. Ces constructions, ainsi que toutes celles de la tribu, sont en pisé. La population totale de ces diverses agglomérations peut être de 2000 âmes, dont 200 Juifs répartis en deux mellaḥs. Chaque village est entouré d’arbres fruitiers. De grands jardins occupent le fond de la vallée, où l’on ne bâtit point, de peur des inondations.

4 octobre.

Point où l’Ouad el Abid sort de la montagne et entre en plaine. (Vue prise de Tabia.)