Village de Tizgi et vallée de l’Ouad Iounil.

(Vue prise en amont de Tizgi, à mi-côte du flanc gauche de la vallée.)

Croquis de l’auteur.

Peu de voyageurs aujourd’hui sur la route. J’ai traversé deux cours d’eau : l’Asif Marṛen, appelé aussi Ouad el Melḥ (lit de 15 mètres de large, à sec) ; l’Ouad Iounil (eaux de 4 mètres de large et de 30 centimètres de profondeur ; courant très rapide).

Heliog. P. Albert DujardinChallamel aine Editeur

TIGERT. — (OUAD IOUNIL)

16 et 17 octobre.

Séjour à Tizgi. J’ai été frappé, à mon entrée dans la vallée de l’Ouad Iounil, d’un des caractères qui distinguent le bassin du Dra : l’élégance des constructions ; j’en remarque ici un autre, plus important : il se rapporte à la race qui occupe le pays. Jusqu’à présent, je n’avais vu que des Imaziṛen blancs, ceux qu’on appelle Chellaḥa ; désormais, une bonne partie de la population se composera d’Imaziṛen noirs ou bruns, Ḥaraṭîn. Dans tout le bassin du Dra, je les trouverai mêlés aux Chellaḥa, dans une proportion d’autant plus grande que j’avancerai davantage vers le sud : dans la vallée même de ce fleuve, ils sont si nombreux que le nom de Draoui y est synonyme de celui de Ḥarṭâni ; sur ses affluents, ils existent aussi en grande quantité : c’est dans ce bassin qu’ils semblent s’être concentrés ; il n’y en a point dans celui du Sous, très peu dans celui du Ziz. Ils présentent les types les plus variés : on en voit qu’on confondrait avec des nègres du Soudan ; d’autres ont la couleur des noirs, et les traits des Européens ; ou bien les grosses lèvres et le nez épaté des premiers, avec la peau blanche : certains sont dits Ḥaraṭîn, qui, pour un étranger, ne présentent aucune différence avec les Chellaḥa. Les physionomies des individus étant aussi diverses, il est difficile d’assigner des caractères distinctifs à la race : on peut dire seulement qu’une couleur café au lait foncé avec des traits presque européens sont ce qu’on rencontre le plus souvent. Les Ḥaraṭîn se considèrent comme Imaziṛen au même titre que les Chellaḥa : ils sont mélangés avec eux dans le fractionnement par tribus ; ils appartiennent comme eux aux Seketâna ou aux Gezoula, grandes familles qui, à elles deux, comprennent toutes les tribus entre Sous et Dra et une partie de celles du Sous. Malgré cette égalité politique, malgré cette communauté d’origine reconnue, les Chellaḥa se regardent comme supérieurs aux Ḥaraṭîn, et ceux-ci ont le sentiment de l’infériorité. Ils cherchent à se relever en épousant des femmes de couleur claire. « Parle-t-on mariage ? dit un proverbe, l’Arabe demande : Est-elle de bonne maison ? le Chleuḥ, est-elle riche ? le Ḥarṭâni, est-elle blanche ? »