[84]Le Souq el Mouloud est ainsi appelé parce qu’il a lieu dans le mois de mouloud (rebiạ el aoul) ; il se tient dans la tribu des Aït Ioussa. C’est une grande foire, qui dure plusieurs jours, l’une des trois foires annuelles du Sahara ; les deux autres sont celles de Mrimima et de S. Ḥamed ou Mousa (Tazeroualt).

[85]Le calendrier chrétien est connu et employé dans le Sahara Marocain. Les mois en sont désignés sous leurs noms latins. La foire de S. Ḥamed ou Mousa se tient au printemps et habituellement en mars ; en 1885, elle a commencé le 25 mars.


VI.

DE TISINT A MOGADOR.

1o. — DE TISINT A AFIKOURAHEN.

Lorsque je me retrouvai à Tisint, la somme d’argent que je portais avait, par suite de vols successifs, diminué à tel point que je ne pouvais achever mon voyage avec ce qui restait. Il fallait avant tout me procurer des fonds. Je n’en trouverais que dans une ville où il y eût des Européens : la plus proche était Mogador. Je résolus d’en chercher dans ce port.

Je m’ouvris de mon projet à mon ami le Ḥadj, et fis avec lui l’arrangement suivant : il me conduirait à Mogador, m’y attendrait, et me ramènerait à Tisint ; nous prendrions des routes différentes en allant et en revenant, passant la première fois par les Isaffen et les Ilalen[86], la seconde par le Sous, le Ras el Ouad et les Aït Jellal. Le Ḥadj Bou Rḥim connaissait la région que nous devions traverser au retour et y avait de nombreux amis ; pour l’aller, il emmènerait un de ses agents, nommé Moḥammed ou Ạddi, homme de la tribu des Ilalen, qui avait maintes fois parcouru le chemin que nous allions faire. Nous ne partirions qu’à nous trois : le rabbin Mardochée, dont je n’avais pas besoin, resterait à Tisint dans la maison du Ḥadj, où il attendrait mon retour.

9 janvier.

Je quittai Tisint le 9 janvier, à 10 heures et demie du soir, et pris la direction de Tatta, escorté par le Ḥadj et son compagnon. Nous voyageâmes toute la nuit. Nous avions attendu pour sortir que le qçar fût endormi : personne n’avait été instruit de notre voyage ; en s’en allant, le Ḥadj n’avait pas dit adieu à ses femmes et à ses enfants. Si le bruit de notre départ avait transpiré, il eût été à craindre que des étrangers, Berâber, Oulad Iaḥia ou autres, toujours en foule à Agadir, n’aient couru s’embusquer sur le chemin pour nous attaquer et nous piller. De là notre départ furtif et notre marche nocturne. Le rabbin Mardochée avait ordre de n’ouvrir la maison à personne le lendemain et, après deux jours, de déclarer que nous étions partis pour Tazenakht. Pareilles mesures se prennent toujours lorsqu’on doit traverser un long désert, un passage dangereux, que, comme nous, on est en petit nombre, et qu’on a des objets pouvant exciter la convoitise. Ici, il avait fallu redoubler de précautions ; avec ma réputation de Chrétien et d’homme chargé d’or, plus d’une bande se serait mise en campagne si mon départ avait été connu. Mes mules seules eussent suffi pour faire prendre les armes à bien des gens : en cette contrée pauvre elles constituent un capital.