— Apportez-moi le cher baby, dit-elle en tirant une chaise près du feu, et pendant que je l'aurai sur mes genoux, Tilly, mistress Fielding me dira tout ce qui concerne le soin des enfants, et me redressera sur vingt points sur lesquels j'aurai pu manquer. N'est-ce pas, mistress Fielding?
La vieille dame tomba dans le piège. La sortie de Tackleton, le chuchotement de deux ou trois personnes se cachant d'elle, des plaintes sur le commerce de l'indigo l'auraient tenue sur ses gardes pendant vingt-quatre heures. Mais cette déférence d'une jeune mère pour son expérience était si irrésistible qu'après avoir feint un instant de s'excuser sur son humilité, elle commença à lui donner ses instructions avec la meilleure grâce du monde, et s'asseyant tout à coup devant la méchante Dot, elle lui débita, dans une demi-heure, plus de recettes et de préceptes domestiques infaillibles qu'il n'en aurait fallu, si on les avait mis en pratique, pour tuer le petit Peerybingle, quand il aurait eu la vigueur de Samson enfant.
Pour changer de sujet, Dot fit un petit travail à l'aiguille, elle mit dans sa poche tout le contenu d'une boite à ouvrage, elle fit un peu téter son entant, elle reprit ensuite son travail à l'aiguille, puis fit une petite causerie tout bas avec May, pendant que la vieille dame pérorait; de sorte qu'avec ces petites occupations, qui lui étaient habituelles, elle trouva l'après-midi très courte. Enfin, comme il se faisait nuit, et comme son devoir était de remplir la tâche de Berthe dans le ménage, elle garnit le feu, balaya le foyer, dressa la table à thé, et alluma une chandelle. Après cela, elle joua un ou deux airs sur une harpe grossière, que Caleb avait fabriquée pour Berthe, et elle les joua très bien, car la nature l'avait douée d'une oreille aussi délicate pour la musique qu'elle aurait été bien faite pour être ornée de bijoux, et elle en avait eu à porter. À ce moment arriva l'heure du thé, et Tackleton vint pour le prendre et passer la soirée.
Caleb et Berthe étaient revenus quelques instants auparavant, et Caleb s'était assis pour s'occuper de son travail de l'après-midi. Mais il ne put rester assis, tant il était agité, le pauvre, par ses remords au sujet de sa fille. On était touché en le voyant assis sans rien faire sur sa chaise à travail, la regardant fixement, et disant en face d'elle: «L'ai-je trompée depuis son berceau, pour lui briser le coeur!»
Lorsqu'il fut nuit et que le thé fut fait, que Dot n'eut rien plus à faire que de nettoyer les tasses, en un mot, — car il faut que j'en vienne là, et il est inutile de tant tarder — lorsque le moment fut venu d'attendre le retour du voiturier, en écoutant le bruit éloigné de ses roues, les manières de Dot changèrent, elle rougit et pâlit tour à tour, et elle ne put pas rester en place.
Ce n'était pas comme d'autres braves femmes, lorsqu'elles écoutent si leur mari vient. Non, non, non, c'était une autre manière d'être agitée.
On entendit des roues, le pas d'un cheval, l'aboiement d'un chien; ces bruits réunis se rapprochèrent. On entendit les pattes de Boxer gratter à la porte.
— Quel est ce pas? s'écria Berthe en tressaillant.
— Quel est ce pas? répondit le voiturier en se présentant à la porte avec son rude et brun visage rougi par le froid du soir; c'est le mien.
— L'autre pas? dit Berthe; celui de l'homme qui est derrière vous?