Avec une peau de chevreau,

Pour faire une musette, lon la,

Pour chanter mes amours

Tout le long de mes jours!

Ainsi chantait Pierre Dupont, à peu près au même temps où «la bonne dame de Nohant» écrivait ses Maîtres-Sonneurs. Ironie des choses! C'est dans le pays même de Joset, de la Fadette et du Champi, que la musette berrichonne compte le moins de dévots.

«Il y a encore dans la Vallée-Noire quelques mauvais sonneurs, confiait mélancoliquement à Lapaire Maurice Rollinat. Quant aux maîtres, comme le Joset de George Sand, ils ont complètement disparu. Les abominables crins-crins et clarinettes sont en train de supplanter les si poétiques vielles et cornemuses. L'âme des solitudes n'aura bientôt plus pour pleurer que le chant perdu des crapauds.»

Eh quoi! dira-t-on, la vielle aussi? De tous les instruments dont se servaient les ménétriers d'autrefois, flûtes, violes, rebecs, théorbes, micamons, tambourins, c'était la vielle qui gardait leur préférence, comme ayant «plus clere vois et doux sons». Et l'on sait quel renouveau inattendu, à la fin du XVIIIe siècle, lui ouvrit toutes grandes les portes de Trianon, fit d'elle et du clavecin les délices d'une société qui préludait par des bergeries à la tragédie de 93. De la cour et des salons, la vielle descendit dans la rue avec Fanchon la Vielleuse; nos campagnes lui furent un dernier asile. J'ai connu des joueurs de vielle en Bretagne, entre autres Pierre Rondet, dont le souvenir est toujours vivant à Mégrit; et le père «Zim-Zim» qui se tenait en permanence au coin de la rue Saint-Léonard, à Nantes, et que la malignité publique accusait de «coucher sur une paillasse bourrée de billets de banque». Il y a peu de temps encore, au bois de Clamart, je rencontrai un vielleux auvergnat, Marion Bournazot, né natif de Saint-Laurent-des-Églises par Ambarzac (Haute-Vienne), qui, seul à l'écart, «tournait la manivelle», les yeux perdus dans son rêve. Si grêle, comme fêlé, l'antique instrument devait receler dans ses flancs un peu de l'âme du pays où il était né. Il était à sa manière un évocateur. Ne dit-on point qu'à Nantes, entre deux noyades, Carrier aimait jouer de la vielle? Si le farouche proconsul s'est quelquefois humanisé, ce n'a pu être qu'à ces heures-là, tandis que s'éveillaient au creux de l'instrument les vieux airs entendus dans son pays d'Aurillac.

Cette même vielle, chez les Savoyards, s'appelait fanfoni. C'était au temps, déjà lointain, où, costumés en ramoneurs, les enfants de la rude province battaient l'estrade en compagnie de leur inévitable marmotte. Il n'y a plus de ramoneurs ambulants: il n'y a que des fumistes sédentaires, et Mme Récamier, qui commença de concevoir des doutes sur sa beauté le jour où les petits Savoyards ne se détournèrent plus sur son passage, devrait recourir maintenant à un critérium moins infaillible.

Mais combien d'autres provinces qui ne se sont pas montrées plus respectueuses à l'égard de leurs musiques et de leurs danses traditionnelles! Où sont les galants joueurs de fifres qui précédaient, à la grande dukasse de Dunkerque, les mannequins du bonhomme Reuss et de sa femme Gentille? Où la zuarne enrubannée des fluteux morvandiaux? On dit que les fanfares militaires jouent encore, à Douai, l'air de danse de Gayant, arrangé en pas redoublé; mais, à Metz et dans toute la Lorraine, on ne danse plus les antiques trimazos:

C'est maye, la mi-maye,