C'est le joli mois de maye
Aux trimazos!
Vernon ne connaît plus les entrechats de la Tête-de-Veau; Gap le belliqueux bachuber; Cancale et Vitré, la piquante gigoyette; Riez, la bravade sarrasine; Bourg-en-Bresse, le chibreli, le rigodon et le branle-carré, évincés les uns et les autres par l'insipide quadrille et la fastidieuse polka. Évanouies encore, sombrées dans l'oubli, ces danses si pittoresques, tantôt profanes, comme la poitevine, dont Louis XI, à Plessis-les-Tours, régalait sa morose vieillesse, la périgourdine, la tresche, la villanelle; tantôt d'origine religieuse et qui nous reportaient en plein paganisme, comme le pas des Brandons et l'étrange sarabande de Saint-Lyphard, avec son simulacre de sacrifice humain sur les rochers du Crugo.
Aussi bien les caroles du XIIe siècle, pour si anciennes soient-elles, ne seraient, d'après certains médiévistes, que «le reflet de plus anciennes danses paysannes». Et qui sait, au bout du compte, si celles-ci ne viennent pas elles-mêmes des branles sacrés qu'exécutaient, sous la lune, nos aïeux celtes et qu'ils avaient apportés peut-être des plateaux de la Haute-Asie? «La danse est une prière», dit, chez M. Anatole France, le mage Sembobitis. Ce mage parlait d'or; mais il ne parlait que de la danse populaire. C'est la seule qui ait gardé de son origine liturgique je ne sais quoi de grave et de frémissant, comme la musique populaire est la seule capable d'éveiller en nous certains sentiments très simples et très primitifs: l'amour du pays natal, l'attachement à la tradition, etc.
En 1870, le préfet du Finistère mobilisa tous les sonneurs de biniou de son département et les envoya au camp de Conlie. Sans le savoir, il reprenait une disposition du commissaire Dalbarade, lequel, à la date du 11 juillet 1794, au plein de la Terreur, écrivait à l'amiral Villaret-Joyeuse: «Il convient de donner aux équipages des «bignoux» et des tambourins pour entretenir la joie parmi eux...» Villaret-Joyeuse s'exécuta-t-il? On le croit. Toujours est-il qu'à partir de ce moment les désertions s'arrêtèrent; la nostalgie dont souffraient nos équipages disparut comme par enchantement...
Et voilà de ces miracles tels qu'on n'en connaît point à l'actif des instruments de musique savante,—ces aristocrates!
La cérémonie des Noces en Bretagne[9].
Voir pour plus de détails sur la cérémonie des noces en Bretagne, la première série de notre ouvrage: l'Âme bretonne, à laquelle nous avons emprunté certains éléments de ce chapitre.
Il est peu de pays, je crois, où le mariage prête à un cérémonial plus compliqué, plus pittoresque aussi, qu'en Basse-Bretagne. Il y a une cinquantaine d'années surtout, avant que les chemins de fer n'eussent éventré de toutes parts