La carrière que je venais d'embrasser m'appelait à la cour… Aux combats… Je m'y rendis. Le roi fut touché de ma jeunesse, me prit en amitié et bientôt me témoigna de l'estime.
Dans diverses batailles où je combattis sous ses yeux, j'eus le bonheur de lui plaire et un jour que près d'être accablé sous le nombre, il était sur le point de perdre la liberté, je ralliai quelques chevaliers, je revins à la charge et je fus assez heureux pour ramener mon roi, et le ramener triomphant de ses ennemis.
Sa reconnaissance égala le service que je venais de lui rendre; il exigea que je fusse attaché spécialement à sa personne, et tous le palais retentit des louanges qu'il me donna.
Cependant cinq années s'étaient écoulées sans que j'eusse vu mon élève, je l'avais confié aux soins d'un écuyer fidèle; mais je sentais que ma présence lui devenait nécessaire; j'en parlai au roi; il me permit d'aller chercher mon ami, mon enfant. Je fis toute la diligence possible, je me jettai dans les bras de mon Ernof; je le trouvai tel que je le désirais, plein d'ardeur, et de noblesse d'âme. Je l'emmenai avec moi, et il eut le bonheur de plaire à la cour. Notre illustre monarque voulut l'armer lui-même chevalier, et la jeune princesse lui donna sa devise, hélas! cet heureux tems n'a pas été de longue durée.
Un vassal donne le signal des combats, le roi près de se mettre à la tête de son armée fait une chute; on est obligé de le transporter dans son lit.
Cependant les Anglais accouraient soutenir le rebelle; il fallait se hâter de combattre, et le roi ne pouvait se tenir debout. Dans cette extrémité, il me fit appeler. Chevalier me dit-il, partez, mettez vous à la tête de mes troupes et qu'à vos coups, mes soldats reconnaissent l'ami de leur monarque. Je mis un genou à terre et je jurai de triompher ou de mourir. Revenez victorieux, me dit le prince, et je vous ferai l'honneur de vous allier à ma famille, vous épouserez ma cousine la princesse de….. Cette promesse redoubla mon ardeur; le monarque s'en apperçut, et ayant fait appeller la princesse, il lui dit de me regarder comme son époux; de me donner sa devise et ses couleurs: il ajouta qu'il ne pouvait mieux nous récompenser l'un et l'autre, qu'en unissant en nous la vertu et la valeur.
A ces mots, la princesse resta toute interdite, dit qu'elle obéirait, me donna pour devise: Protégez le faible et respectez la vertu. Sa couleur favorite était noire, je la pris, et depuis on m'a appelé le Chevalier noir.
Je me mis de suite à la tête de l'armée; elle était belle et pleine d'ardeur, aussi n'eûmes nous pas de peine à vaincre le rebelle, mais les Anglais étant venus à son secours, il fallut recommencer le combat; une bataille décisive allait se donner: j'exhortai mes soldats et je les conduisis à l'ennemi; ils firent des prodiges de valeur, néanmoins ils allaient céder au nombre et à la fortune, lorsque je m'adressai à Ernof: Mon fils, lui dis-je, le salut de l'armée dépend de nous: vois-tu ce gros d'ennemi? lui seul porte le désespoir et la mort, courons et qu'il nous reconnaisse pour les favoris du prince. Ernof me suit, notre présence rétablit le combat, mon jeune ami était comme un lion, et bientôt les Anglais cèdent à sa valeur; mais ce ne fut point sans que notre sang coulât. Ernof entouré d'une troupe de gendarmes venait de tomber, prompt comme l'éclair, j'accours pour le sauver; j'y parviens; mais moi même blessé grièvement, je fus emporté sans connaissance.
En apprenant mes succès et mes blessures, le roi était accouru; il me trouva presque mourant: sa tendre amitié, ses soins, hâtèrent ma guérison, et la paix vint y ajouter un beaume qui ferma toutes mes plaies.
De retour à la cour, le roi voulut tenir sa promesse. Comte, me dit-il, dans huit jours vous serez l'époux de ma cousine. Hélas! tant de bonheur était-il fait pour moi.