Couché sous le poteau, quand le feu l’eut vaincu,

L’infâme vers le ciel tourna sa tête immonde ;

Et pour mourir enfin comme il avoit vécu,

Il montra, le vilain, son c.. à tout le monde.

L’exemple n’avait donc pas servi à cette tête folle. Schildebek tint sa promesse, et fit imprimer à Leyde en 1663 ce qu’il put recouvrer du Bordel des Muses, dont une partie importante avait été dérobée.

Or, de cette Edition de Leyde, s’il nous reste la Table générale des Matières, indiquant un ouvrage composé de 4 parties, et d’environ 78 poèmes, nous n’avons plus que 4 stances, une épigramme, 4 ou 5 sonnets. Le reste a péri.

Mes vers n’ont pas la prétention de remplacer les absents. Le lecteur y trouvera avec moins de génie, moins de crudité. Je ne plonge point aux vases indus[2], les mots orduriers me répugnent. On expliquera ma retenue par l’âge et la prudence qu’enseigne le bucher. Ceux qui croient aux réincarnations penseront que le supplice du feu m’a purifié. Le roman que j’ai publié sous le titre « La Réincarnation de Claude Petit » n’est pas mon autobiographie. Ceux qui me connaissent savent qu’il s’en faut. Aussi ont-ils cherché moins dans le style de ma vie que dans la vie de mon style des rapprochements avec celui qui fut brûlé en 1662.

[2] Rien n’établit, au surplus, la bougrerie de Claude. Le sonnet où Jacques Chausson est traité d’infâme, permet de croire que ce vice odieux répugnait à l’auteur de L’Heure du Berger.

Les autres ont raconté qu’avant d’avoir lu dans Lachèvre certains poèmes de Le Petit, je me les étais récités à moi-même en rêve ; et qu’après leur publication, si je commençais la lecture d’un sonnet, il m’arrivait de l’achever de mémoire. Mais les Normands ne sont pas prompts aux confessions publiques ; un seul pourrait dire si, descendant profondément en lui-même, il y reconnaît quelques signes d’identité ou de parenté avec Claude.

Ce n’est qu’une ressemblance superficielle de constater qu’il était normand comme je le suis. Il s’est déclaré normand à ses juges. Au lieu qu’il indiqua pour celui de sa naissance, vivaient ses parents homonymes, à Beuvron, diocèse, parlement et intendance de Rouen. Là, il avait été comme moi-même, élevé par une tante. Pourtant M. Lachèvre l’a fait parisien, sous prétexte qu’il n’a pas retrouvé aux registres de la paroisse le nom de Claude Le Petit. Mais il pouvait être protestant, comme tant d’autres libertins nés dans cette religion des tristes et qui en sortirent par vocation naturelle pour la joie. Ainsi St-Amant, si Tallemant est à croire. Ainsi Bois Robert et le Cardinal du Perron. M. Lachèvre, qui sent naître l’objection, la réfute d’avance en s’appuyant sur le fait que notre poète fut élève des Jésuites. Mais ceux-ci élevaient de jeunes huguenots, pour les convertir en douceur avant de le faire par dragonnades. Si riche que la Normandie soit en poètes, je la conjure de ne pas renoncer à celui-ci, dont à défaut de naissance constatée, la race n’est contestée par personne.