Si mon prédécesseur fut huguenot et s’il fut bougre, je déteste la bougrerie et suis né dans la religion catholique. A défaut de la foi, je respecte le culte de mes aïeux, et me désolidarise des infâmes sonnets de Claude Le Petit contre la Vierge. J’ai pour elle, sinon la foi de Villon, sa piété.
Mais je n’ai pas les mêmes scrupules pour outrager Calliope et donner le fouet à la Muse Erotique. Qu’elles en rient ou qu’elles en jouissent ! N’a-t-on pas vu des passionnés se plaire à ces punitions ?
Des contemporains de Claude, incapables de pactiser avec ses péchés, l’ont défendu ou expliqué. Schildebeck a écrit :
« Claude composait plus par boutade que par malice. Il faisait moins des vers profanes et satiriques par impiété et profanation que par caprice et fantaisie. »
Le baron ajoute : « Il vaut mieux bien faire du mal que mal faire du bien, et le poète est excusable en cela qu’il était né si fatalement pour la satire et pour les femmes, qu’il lui était aussi impossible de ne point écrire que de ne point chevaucher. »
Voilà qui paraît plus juste que l’arrêt de de Mesmes, en tout cas moins impitoyable.
Les Muses ont trahi ce jeune homme qui avait été leur courtisan, et il peut lui déplaire, aux Champs Elysées, de les entendre toujours nommer « Pucelles » ou « Chastes Sœurs ». Il les a connues chez les Libertins et les dénonce impudiques. N’est-il pas vrai que plus d’Aventuriers se sont baignés nus avec elles dans leurs fontaines, que d’Avaricieux parmi les sablons du Pactole ? Est-il poètereau qui ne se soit réclamé de leur lit ? A tout barde qui prend son luth, elles donnent un baiser. Et la suite. Claude leur fait des reproches moins graves que Baudelaire dans Bénédiction. Et Baudelaire n’est pas mort sur un bucher, lui. Plus que la colère du fils de Pelée, les Muses ont précipité chez Pluton une foule de héros. Ceux qu’elles marquent à leur signe, souvent sont promis aux corbeaux et aux chiens. Phœbus Apollo, chef de chœur, trop souvent s’élance de l’Olympe en fureur ; « les flèches redoutables sonnent à chaque pas sur ses épaules. »[3] Et Villon en fut percé. Et Deubel. Et Chénier, qui pourtant l’avait prié par son arc d’argent sous le nom de Sminthée !
[3] Homère, Iliade.
Combien nous serions excusables de représailles moins joyeuses. Or, pour Cour de justice, nous n’assemblons contre les Neuvaines qu’un Décaméron. Eros peui les exclure de ses fêtes, et la Volupté chanter sans leurs secours.
Jouir comme Rire est le propre de l’homme. J’ai ri et me suis amusé dans ce livre, où je n’ai offensé que des Mythes, mais indestructibles. Parce que l’œuvre de Claude a été réduite en cendres, et parce que les feuilles de son manuscrit ont été dispersées, je lui ai donné la consolation posthume d’en remettre au moins le titre en lumière, le titre que j’ai considéré comme un legs. Mais j’en ai abandonné un peu pour frais d’hoirie. L’archaïsme de Bourdeau est moins voyant que le mot qui finit en del. Et sans craindre les Pères Garasse[4], je fuis le mot scandaleux. Tiré à petit nombre, ce recueil ne mérite que le Purgatoire, indigne de figurer dans l’Enfer de la Bibliothèque Nationale, de Fernand Fleuret et Perceau, s’ils en font une nouvelle édition.