[18] Ce qui a été publié de mieux, jusqu’ici en français sur la méthode historique est une brochure de MM. Ch. et V. Mortet, la Science de l’histoire, Paris, 1894, in-8 de 88 p. Extrait du tome XX de la Grande Encyclopédie.

II

Cette « Introduction aux études historiques » n’a pas la prétention d’être, comme le Lehrbuch der historischen Methode, un Traité de méthodologie historique[19]. C’est une esquisse sommaire. Nous l’avons entreprise, au commencement de l’année scolaire 1896-1897, en vue d’avertir les étudiants nouveaux de la Sorbonne de ce que les études historiques sont et doivent être.

[19] L’un de nous (M. Seignobos) se propose de publier plus tard un Traité complet de méthodologie historique, s’il se trouve un public pour ce genre d’ouvrage.

Nous avions constaté depuis longtemps, par expérience, l’urgente nécessité d’avertissements de cette espèce. La plupart de ceux qui s’engagent dans la carrière de l’histoire, en effet, le font sans savoir pourquoi, sans s’être jamais demandé s’ils sont propres aux travaux historiques, dont ils ignorent souvent jusqu’à la nature. D’ordinaire, on se décide à choisir la carrière de l’histoire pour les motifs les plus futiles : parce que l’on a obtenu des succès, en histoire, au collège[20] ; parce que l’on éprouve pour les choses du passé l’espèce d’attrait romantique qui jadis décida, dit-on, la vocation d’Augustin Thierry ; parfois aussi parce que l’on a l’illusion que l’histoire est une discipline relativement facile. Il importe assurément que ces vocations irraisonnées soient au plus tôt éclairées et mises à l’épreuve.

[20] On ne saurait trop affirmer que les études d’histoire, telles qu’on les fait au lycée, ne supposent pas les mêmes aptitudes que les études historiques, telles qu’on les fait à l’Université et dans la vie. — Julien Havet, qui se consacra plus tard aux études historiques (critiques), trouvait fastidieuse, au lycée, l’étude de l’histoire. « C’est, je crois, dit M. L. Havet, que l’enseignement de l’histoire [dans les lycées] n’est pas organisé pour donner pâture suffisante à l’esprit scientifique… De toutes les études comprises dans le programme des lycées, l’histoire est la seule qui n’appelle pas le contrôle permanent de l’élève. Quand il apprend le latin et l’allemand, chaque phrase d’une version est l’occasion de vérifier une douzaine de règles. Dans les diverses branches des mathématiques, les résultats ne sont jamais séparés de leurs démonstrations ; les problèmes, d’ailleurs, obligent l’élève à tout repenser par lui-même. Où sont les problèmes en histoire, et quel lycéen est jamais exercé à voir clair par son propre effort dans l’enchaînement des faits ? » (Bibliothèque de l’École des chartes, 1896, p. 84).

Ayant fait, à des novices, une série de conférences comme « Introduction aux études historiques », nous avons pensé que, moyennant révision, ces conférences pourraient être profitables à d’autres qu’à des novices. Les érudits et les historiens de profession n’y apprendront rien sans doute ; mais s’ils y trouvaient seulement un thème à réflexions personnelles sur le métier que quelques-uns d’entre eux pratiquent d’une manière machinale, ce serait déjà un grand point. Quant au public, qui lit les œuvres des historiens, n’est-il pas à souhaiter qu’il sache comment ces œuvres se font, afin qu’il soit davantage en mesure de les juger ?

Nous ne nous adressons donc pas seulement, comme M. Bernheim, aux spécialistes présents et futurs, mais encore au public qu’intéresse l’histoire. Cela nous a fait une loi d’être aussi concis, aussi clairs et aussi peu techniques que possible. Mais, en ces matières, lorsqu’on est concis et clair, on paraît souvent superficiel. Banal ou obscur, telle est, comme on l’a vu plus haut, la fâcheuse alternative dont nous sommes menacés. — Sans nous dissimuler la difficulté, sans la croire insurmontable, nous avons essayé de dire nettement ce que nous avions à dire.

La première moitié du livre a été rédigée par M. Langlois, la seconde par M. Seignobos ; mais les deux collaborateurs se sont constamment aidés, concertés et surveillés[21].

[21] M. Langlois a écrit le livre I, le livre II jusqu’au chapitre VI, l’appendice II et le présent Avertissement ; M. Seignobos, la fin du livre II, le livre III et l’appendice I. Le chapitre I du livre II, le chapitre V du livre III et la Conclusion ont été rédigés en commun.