BRAMBOURG. Peut-être.
JEANNE. Ou dans celle d'un camarade? Je fais des suppositions.
BRAMBOURG. Je le sais bien. Mais je n'ai pas le moindre souvenir d'avoir vu quelque chose, ni de ma chambre, ni d'aucune autre, ni par aucun hublot … Madame, je regrette vraiment.
JEANNE. Un instant, je vous prie … Il y a une chose que j'ai peur de vous avoir mal dite … Vous allez déposer vendredi devant le Conseil de guerre … et votre déposition se trouve avoir une importance capitale, vous n'y avez sûrement pas songé!… vous ne pouvez pas y avoir songé!
BRAMBOURG. Oh! si fait, Madame. Mais quand j'y songerais davantage, il m'est impossible de déposer contre mes souvenirs, contre ma conscience … fût-ce même dans l'intérêt d'un chef avec qui j'ai pu parfois ne pas m'entendre, mais que je n'ai jamais cessé d'estimer comme un homme d'honneur et comme un bon officier, digne assurément d'être acquitté et félicité par le Conseil de guerre.
JEANNE. Mais alors, rassemblez vos souvenirs. Dites toute la vérité!
BRAMBOURG. Mais, Madame, je la dis, je l'ai dite! Vous ne voudriez cependant pas me faire dire plus que je ne sais.
JEANNE. Êtes-vous bien sûr de ne pas vous souvenir?
BRAMBOURG. Comment?
JEANNE. Êtes-vous bien sûr qu'il n'y ait pas en ce moment, quelque chose en vous, une rancune …