Puis elle s'en alla, pleine de trouble; et le parfum de son baiser s'évapora sur les lèvres du mort. Raymond Mévil, froid et raide, entra dans le repos éternel.
XXXII
La rue Némésis était silencieuse et noire; les lupanars annamites et japonais n'ouvraient pas encore leurs portes et n'allumaient pas leurs lanternes de bambou huilé: il n'était que huit heures. Les pas de Fierce pesèrent sur le trottoir; le marteau de Torral résonna.
Torral ouvrit lui-même, promptement. Il tenait une lampe, dont il éclaira d'abord le visage du visiteur. Renseigné, il précéda Fierce dans la fumerie. Fierce entra, traînant lourdement ses semelles, comme marchent les soldats vaincus.
Torral posa la lampe à terre. La fumerie était vide: plus de nattes, ni de coussins, ni de pipes; trois murs blancs, et le tableau noir du fond, qui semblait une dalle funéraire avec ses épitaphes de craie.
La lumière se condensa sur le sol. Torral vit les souliers de Fierce, boueux, et la toile de son pantalon, maculée de rouge.
«—D'où viens-tu? Pourquoi es-tu ici à une heure pareille?»
Il parlait avec une brusquerie inquiète.
Fierce chercha dans sa tête. Il ne se rappelait plus. Oui, pourquoi était-il là?... Pour parler de sa douleur, pour l'étaler et la remuer? A quoi bon, puisque c'était fini? Les mots lui manquaient, et le courage.