Séniha.
P.-S.—J'avais fermé ma lettre, je la rouvre. Ma petite esclave Fatima m'arrive, courant, avec une nouvelle vraiment féministe: la sœur de Sélim bey,—de Sélim bey que vous avez connu ministre sous l'ancien régime,—vient d'être jugée par la cour martiale, et condamnée à trois ans de prison,—à trois ans, oui,—pour avoir levé son voile dans le grand bazar, et bu publiquement un verre de raki.—Que vous disais-je, que l'émancipation est en marche! Trois ans de prison aux Jeunes-Turques qui ont soif quand il ne faut pas!
Séniha.
[1] 28 juin 1911.
[2] Conak, palais situé en ville, maison d'hiver.
[3] Yali, villa, palais de campagne, maison d'été.
[4] Anatolie, Asie.—Les Turcs désignent toujours les deux rives du Bosphore, l'asiatique et l'européenne, par les deux vocables d'Anatolie et de Roumélie.
[5] Les maisons turques, de bois pour la plupart, sont plus aérées que les nôtres. Leurs fenêtres sont plus nombreuses, parce que l'intervalle de muraille qui les sépare deux à deux est beaucoup plus étroit que dans nos constructions de pierre. Il n'est pas rare qu'une chambre de yali compte par conséquent six ou dix fenêtres.
[6] Ces nègres sont, bien entendu, des eunuques.
[7] Le vendredi représente pour les musulmans ce qu'est le dimanche pour les chrétiens.