A présent, nul besoin d'en dire davantage. Les gens de bonne foi sont convaincus depuis longtemps.
C'est à ces gens que je m'adresse pour les supplier de ne plus accepter désormais comme paroles d'évangile le flot de paroles mensongères qui coule sans interruption dans la presse occidentale. Ce flot-là, les seules bouches orthodoxes le déversent sur l'Europe. Car les Grecs, car les Bulgares, car les Serbes ont des journaux, des journaux que l'Europe lit. Ces peuples en profitent: ils écrivent, parlent, crient. Et le Turc se tait. Comment n'aurait-il pas tort aux yeux du monde?
Le monde n'entend qu'un son de cloche. Toujours le même son, toujours la même cloche: la cloche orthodoxe; et, depuis qu'il n'y a plus de Russie, la cloche anglaise a pris la suite de la cloche russe défunte.
Et voilà pourquoi, moi, Franc de France, j'ai voulu, une pauvre fois, faire entendre au moins à la France l'autre son, l'autre cloche:—non pas même la cloche musulmane, mais seulement la cloche latine,—la cloche française!
[1] L'Intransigeant, dont le directeur, en cet an-là, 1913, était déjà comme il est encore en cet an-ci, 1921, M. Léon Bailby.
[2] Dès que l'alliance fut signée, la Russie, tout en puisant des deux mains dans le trésor français, ne fit que développer plus largement sa vieille politique agressive et aventureuse, poussant pointe sur pointe tour à tour vers Constantinople et vers Pékin, sans nul scrupule de nous entraîner à sa suite dans les plus téméraires équipées, et surtout, sans nul souci de respecter les intérêts particuliers de cette trop complaisante et trop ignorante alliée qu'est la France. En Extrême-Orient, comme en Orient, la Russie de 1913, amie et alliée de la France, combattait notre expansion plus rudement que n'avait fait la Russie de 1854, à la veille de tirer l'épée contre Napoléon III.
[3] Qu'en 1896, il en ait été ainsi, soit! Dans ce temps-là la France était encore la vaincue de 1871, ambitionnant de reprendre ses provinces volées, et la Russie nous apparaissait devoir être la toute-puissante amie qui nous les rendrait, sans même combattre, rien qu'en portant la main à la garde de l épée.
Mais qu'il en fût encore ainsi en 1913, cela passe la mesure! Certes, la France n'avait pas grandi dans l'intervalle. Et Fashoda, Tanger, Agadir sont là pour nous l'apprendre. Mais la Russie, elle, avait déjà rapetissé. Et, sans même parler de tant de milliards prêtés par nous, empruntés par nos alliés, sans nul retour, les vaincus de Sedan avaient bien le droit de traiter en égaux les vaincus de Moukden...
[4] Les gouvernements vieux-turcs et jeunes-turcs,—ceux-ci surtout, ont pu faire une politique anti-française. Le peuple turc aima toujours les Français. Interrogez tous ceux qui se sont promenés, comme j'ai fait, à pied, dans les villages du fin fond de l'Anatolie, et qui ont sollicité le soir l'hospitalité des hans. Certes, tout chacun est admis, et traité en hôte. Mais, prudemment, vos voisins ne s'en enquièrent pas moins:—«Etes-vous Moskof (Russe)?—Iok (non)!—Allemand?—Iok! iok!...» A chacun de ces iok-là, vous aurez vu la figure du curieux s'épanouir...—«Etes-vous Anglais?—Non: je suis Français, Frank de la France...—Mash'Allah! Tout est à vous!»
[5] En Bulgarie et dans la province de Dobroudja, actuellement roumaine, mais qui n'était alors peuplée que de Bulgares, Slaves ou Mongols.