Cependant, nous avions débarrassé un coin de la table, et nous nous étions comptés quatre pour y renverser le chat. Il gisait maintenant sur le dos, les quatre pattes empoignées par quatre mains, les deux mâchoires large écartées et solidement tenues. Et le docteur, penché sur lui, s'efforçait d'inspecter la gorge d'où suintait un peu de sang. Au bout d'un temps, le docteur se releva:
—L'arête,—dit-il,—est entièrement sous la muqueuse, impossible de la saisir ainsi. Il faut un coup de bistouri!
Quelqu'un plaignit le chat:
—Pauvre bête!
—Oh! il s'en tirera,—fit le médecin.—Un coup de bistouri, ce n'est rien à donner. Je vais faire le nécessaire... Mais tenez bien le chat!... qu'il ne bouge pas!...
Ce fut l'affaire de six secondes. Je tenais l'une des pattes. Je sentis dans toute ma paume et le long de tous mes doigts le profond tressaillement de la bête entamée par l'acier. Le chat râlait, il ne pouvait miauler.
L'instant d'après, c'était fini. L'arête était extraite.
—Attention!—fit l'opérateur:—lâchez tous ensemble, au commandement ... sinon, gare les griffes!... et sautez en arrière!—Attention!... un, deux, trois... hop!
Toutes les mains s'étaient ouvertes et nous avions tous reculé. Très inutilement d'ailleurs: le chat, roulant doucement sur lui-même, s'était remis sur ses quatre pattes sans violence, et ne montrait aucune colère.
Quelqu'un dit: