—On dirait qu'il ne nous en veut pas?... Il a l'air de comprendre...

Il comprenait sans doute. Il comprenait même si bien, et il nous en voulait si peu, qu'au bout d'un quart de minute il s'en fut gravement vers le médecin tout éberlué, et, levant vers lui le beau regard de ses yeux verts, lui lécha les deux mains l'une après l'autre...

C'était un chat turc...

[1] Faut-il expliquer aux lecteurs français, mal au fait des choses de la mer, que la coupée d'un navire est exactement la porte par laquelle on y peut entrer, et que la grand'chambre des officiers s'appelle un carré?


HISTOIRE DE CHIENS

Pour la Souléïmanieh djami.

Pour commencer, il faut qu'on le sache: j'aime les chats et je n'aime pas les chiens. Goût, certes, bizarre et déraisonnable: l'homme, animal égoïste au plus haut point, prise d'abord chez les animaux, ses voisins, la servilité, l'obséquiosité et la platitude, toutes vertus «chiennes» par essence. J'apprécie, moi, l'indépendance, l'orgueil et la dignité, trois vices que les chats possèdent et cultivent. Rien ne m'est plus odieux que de subir, à propos de rien, la tendresse exubérante du premier chien inconnu, et son entêtement à lécher la poussière de mes bottes. Rien ne me plaît autant que d'obtenir, à grand effort de politesse délicate et d'attentions choisies, la sympathie rarement exprimée de mon propre chat, lequel, d'ailleurs, a toujours refusé de se considérer comme mon esclave et consent seulement à être mon ami.—Vous me trouvez ridicule?—Soit! Mais dites-vous bien que si je ne vous rends pas, moi, la pareille, c'est par pure et simple courtoisie! Je me tais, mais je n'en pense pas moins...

Donc, j'aime les chats et je n'aime pas les chiens. A cette règle, j'apporte toutefois une exception: il est une race de chiens que j'ai aimée et que j'aime. Ne cherchez pas laquelle. Il ne s'agit ni de colleys, ni de loulous, ni de fox. Je professe à l'endroit de toutes ces bêtes de luxe la même horreur dégoûtée. Et je n'ai guère moins de mépris pour les bêtes de garde ou pour les bêtes de chasse. La seule race canine qui trouve grâce à mes yeux n'est pas une race domestique: c'est la race très primitive des chiens errants de Turquie, chiens véritablement libres, sans maître ni chenil, sans laisse ni collier, chiens dédaigneux et faméliques, chiens fiers, chiens, pour tout dire, très peu «chiens», et presque dignes d'être «chats».